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[Critique] “Paris je t’aime”, un film collectif

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ActualitĂ©s, Festival de Cannes 2006, Critique, Un Certain Regard 2006, Paris je t'aime - le 21 juin 2006 à 13h01

Paris je t’aime sort enfin en salles, au terme d’une production très longue, bricolée du début jusqu’à la fin, et longtemps incertaine. C’est dire que le film est le résultat d’une volonté de fer, d’un désir de mener à bien un projet, de défendre une idée. Mais quelle idée au juste ? Celle d’une fresque amoureuse à Paris ? D’histoires signées par de grand noms dans des lieux déjà saturés de romantisme et d’aventures ? En gros oui. L’idée, c’est donc ça, vendre clé en main une sorte de programme qui par sa nature même s’impose au monde entier : destination Paris, avec de belles images et de belles histoires. Destination Paris, vous allez voir du paysage, vous allez voir des têtes, vous allez voir des aventures. Paris je t’aime s’envisage donc essentiellement comme un programme touristique. Et autant dire que le tour, une fois le billet acheté, se fait à cent à l’heure : les histoires s’empilent les unes sur les autres, s’achèvent aussi vite qu’elles ont commencé, sans qu’on prenne vraiment le temps de goûter à l’aventure, d’en cerner toute la mesure. On voit tout, mais rien n’a véritablement de saveur – pas le temps, pas de goût – du coup on ne voit rien, ou plus. Forcément on s’ennuie. On regarde entre les histoires, un peu comme dans un bus pour aller d’un point à un autre, on perd son regard dans le vague, en s’arrêtant sur des détails qui, l’instant d’après, n’ont plus d’importance. Le programme mentait, nous vendait ce qu’on imaginait, ce qu’on voulait imaginer, mais le film lui n’est ni inspiré, ni même imaginatif.

L'affiche Paris je t'aime                                            Paris je t'aime - Juliette BInoche

Restent, au-delà des histoires incompréhensibles (le Christopher Doyle), des films laids et ridicules (Le Vincenzo Natali n’est pas mal dans le genre), des acteurs qui, un peu perdus dans ce grand flot d’histoires courtes, tiennent bon. C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point, quand tout s’effondre – les images qu’on accélère comme pour mieux raconter (Tom Tykwer), des scénarios quasi inexistants qui s’affalent d’eux-mêmes (Alfonso Cuaron) – eux seuls demeurent. Ben Gazzara et Gena Rowlands (dans le beau Quartier Latin de Frédéric Auburtin et Gérard Depardieu), Juliette Binoche (dont le jeu introduit une vraie rupture dans le film, à tel point elle habite le plan et parvient à toucher), Steve Buscemi et enfin Maggie Gyllenhaal qui donne toujours cette impression de mollesse, de douceur et de tristesse (dans le film d’Assayas, habile et très tenu). Quand tout s’effondre reste le jeu, des corps qui n’ont besoin de rien finalement pour exister (pas même de leur légende), qui se contentent d’être dans le plan et de jouer le jeu.

Matthieu

Infos, photos : Paris je t’aime, le wiki (synopsis et crĂ©dits) ; Nathalie Portman

Critiques : Libération ; Le Monde (sur la sortie mouvementée du film) ; Telerama

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