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Le cinéma de Sofia

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ActualitĂ©s, DĂ©lire Critique, Critique, CompĂ©tition officielle Cannes 2006, Sofia Coppola, Marie-Antoinette - le 25 mai 2006 à 18h06

Il faut dĂ©jĂ  revenir sur Antoinette et son acceuil critique. Un critique de Variety compare le film Ă  un bonbon, tandis que chez libĂ©ration Azoury ne se mouille pas trop, choisissant de tourner autour du pot et de relever quelques motifs rĂ©currents d’un film de Sofia Ă  l’autre (la jeune fille triste qu’elle n’a jamais cessĂ© d’ĂŞtre). Tout le monde reprend ce faux dĂ©bat sur l’histoire, dĂ©bat initiĂ© par Sofia elle-mĂŞme qui - craignant d’emblĂ©e un mauvais acceuil - avait prĂ©venu que le film gĂŞnerait sans doute les français, peu disposĂ©s Ă  voir leur histoire revue et corrigĂ©e par un Ă©tranger. Ce dĂ©bat sur l’histoire n’a pas lieu d’ĂŞtre our la simple raison qu’il n’a jamais Ă©tĂ© question d’histoire, que le film entier est conçu comme une succession de pastilles mulitcolores dĂ©tachĂ©es de leur contexte historique. Il tĂ©moigne en revanche d’une belle lâchetĂ© de la part de sofia, qui voit un problème lĂ  oĂą il n’y en a pas. On ne lui reprochera jamais son inculture, cela n’est pas la question.

Protestation donc contre l’acceuil mou et bienveillant des critiques ayant vus le film avant Cannes, contre les textes mi-lard mi-cochon qui foisonnent aujourd’hui pour seulement compter les points, Ă©voquer les arguments pour contre, pour rien. Protestation contre le tiĂ©deur qu’inspire ce film, et avant lui dans une certaine mesure Lost in translation. L’heure n’est plus Ă  la tiĂ©deur, mĂŞme si ce cinĂ©ma en produit naturellement. Il faut prendre le film et le prendre au sĂ©rieux, pas nĂ©cĂ©ssairement au premier degrĂ© (le quotidien pastel d’une princesse insouciante et rieuse), ni au second (le huis-clos, la solitude dorĂ©e, la dissonance qui pointe le bout de son nez). Rien, absolument rien ne peut quelque soit le degrĂ© d’interprĂ©tation jouer en faveur de ce film (un plan de dĂ©, une scène d’opĂ©ra ?…non), car il est dans son fond le dernier degrĂ© du cinĂ©ma subtile, le stade ultime d’un cinĂ©ma qui subtilise non plus un Ă©cran Ă  un autre, mais bien l’Ă©cran Ă  la fenĂŞtre, qui littĂ©ralement fait Ă©cran, s’envisage comme une suite de beau panneaux jouant comme autant de caches misère. Le cinĂ©ma de Sofia est un cinĂ©ma d’imagerie, vidĂ© de sa substance, sans chair ni âme, qui ne sait plus trop comment traiter l’image, et finalement la travestit faute de pouvoir l’habiter. Un cinĂ©ma de poupĂ©es - oui comme Ken et Barbie - qui ne rĂ©fĂ©re Ă  rien d’autre qu’Ă  un univers synthètique au moyen d’une forme Ă©galement synthètique, c’est Ă  dire fabriquĂ©e et empruntĂ©e. C’est bien pour cela que d’autres la chantent, pour cette aptitude Ă  assumer ce cĂ´tĂ© plastique trĂ©s post-moderne, Ă  aller jusqu’au bout de son idĂ©e toujours fixe, immobile et quelque part sinistre. Oui le cinĂ©ma de Sofia est un symptĂ´me. C’est pour ça qu’il plaĂ®t, c’est pour ça qu’il m’inquiète.
Matthieu Chéreau

Marie-Antoinette, de Sofia Coppola

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ActualitĂ©s, Festival de Cannes 2006, Critique, CompĂ©tition officielle Cannes 2006, Sofia Coppola, Marie-Antoinette - le 24 mai 2006 à 21h09

Marie-Antoinette

Le premier plan rappelle la bande annonce. Le parti pris on le connaĂ®t, le titre rose fluo, new order et companie, bref une esthĂ©tique pop seventies pour dĂ©crire cette chronique de fin de règne. Pourquoi pas. C’est plutĂ´t agrĂ©able d’ailleurs, et rend les scènes gaies et entraĂ®nantes. Mais Ă  force cette mĂ©thode tape sur le système et masquer mal la pauvretĂ© exaspĂ©rante du film tout entier. La recette est simple : une scène d’information (elle se marie, elle accouche une première fois, elle prend un amant, elle accouche une seconde fois, etc.) pour deux ou trois scènes musicales, oĂą l’on observe Toinette virvolter et jouir de tous les menus plaisirs qui font son quotidien. La recette est indigeste Ă  un tel point que c’en est surprenant. Plan pastels de souliers, de gateaux, de tissus, plans de frimousses roses et soldats scandinaves…c’est un peu ken et barbie, sofia qui fait mumuse Ă  ken et barbie, complĂ©tement. Sofia qui habille barbie, la fait danser, et barbie ne s’en porte pas plus mal, qui se fout de tout le reste. Barbie colle complĂ©tement au cinĂ©ma de Sofia, qui dĂ©voile un peu de son jeu et signe avec ce film le manifeste qu’on attendait d’elle pour un cinĂ©ma en plastique, qui ne parle de rien, qui n’est jamais qu’en surface et qui se caractĂ©rise en dernier ressort par son aspect synthĂ©tique et affectĂ©. Et je suis gentil !

Matthieu Chereau

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