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Hamaca Paraguaya, de Paz Encina et Taxidermie, de György Palfi

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ActualitĂ©s, DĂ©lire Critique, Festival de Cannes 2006, Critique, Un Certain Regard 2006, Hamaca Paraguaya, Paz Encina, Taxidermie - le 19 mai 2006 à 18h06

Les festivals acceuillent volontiers des films conçus presque seulement pour eux et leur audience si particulière. Ou peut-ĂŞtre doit-on apprĂ©hender la question dans l’autre sens, ce sont les festivals qui fabriquent les attentes et les bruits, guettent la moindre sensation et crĂ©ent les modes.

Hamaca paraguaya

A leur manière, Hamaca Paraguaya et Taxidermie conviennent Ă  merveille Ă  Cannes. Hamaca lui apporte son sens l’Ă©pure, se fait l’Ă©tendard d’un cinĂ©ma d’amĂ©rique latine très composĂ©, très conceptuel. C’est par excellence le film de festival ennuyeux bien qu’intĂ©ressant autour duquel l’espace d’un instant on se dit oui c’est fort (enfin dense plutĂ´t que fort, cĂ©rĂ©bral quoi). Le sĂ©lectionneur lui-mĂŞme s’est sans doute dit qu’il fallait le prendre pour sa radicalitĂ©, il avait sa place dans la sĂ©lection, bluff ou pas, ça n’Ă©tait pas la question. Il y a je pense sans que ce soit vraiment dit, une sorte de quota pour de tels films, car ils ne peuvent exister qu’en festival, ou Ă  la rigueur dans les musĂ©es. Cela dit il est bon qu’ils existent, qu’ils fassent ainsi la promotion non seulement d’un cinĂ©ma plus dur et plus Ă©lĂ©mentaire, mais Ă©galement celle d’une autre expĂ©rience du cinĂ©ma et du temps, plus verticale qu’horizontale disons pour aller vite, oĂą l’on attend rien. OĂą le but n’est pas d’attendre, mais de sentir.

Taxidermie

De manière totalement opposĂ©e, Taxidermie est une sorte de film-monstre, fondamentalement baroque, avec du sexe, de l’orgie, de l’horreur bref une image qui tend constamment du cĂ´tĂ© de la surenchère, qui ne se contente pas d’ĂŞtre brute mais aussi vulgaire, laide et choquante. Ce film n’a rien pour plaire et pourtant s’y dessine en filigrane les contours d’un discours fort et gonflĂ© sur l’histoire de la Hongrie, de la Seconde guerre mondiale Ă  l’ère post-soviĂ©tique. Sur trois gĂ©nĂ©rations, les hommes et leurs corps se tranforment : douleur et fantasme des premiers temps, invention d’un nouvel homme dans le second qu’on goinffre Ă  n’en plus pouvoir, puis finalement Ă©videmment du corps. L’idĂ©ologie imprime sa marque sur un corps qui, pour avoir trop encaissĂ© n’aspire plus qu’Ă  la vacuitĂ©, au devenir-chose, comme s’il avait failli dans sa tâche, qu’ĂŞtre homme Ă©tait trop pour lui, trop dangereux en tout cas, trop irrĂ©aliste aussi de n’ĂŞtre finalement ni plus ni moins qu’un homme. Film-monstre, sur la monstruositĂ©. Comme on dit un film très humain. Vous voyez. Comme la barbarie Ă  visage humain. Le film-monstre c’est ça. C’est cette humanitĂ©-lĂ , son bilan critique.

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