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Archive pour la catégorie 'Compétition officielle Cannes 2006'

Critique - Red Road, un film de Andrea Arnold, Prix du jury au Festival de Cannes 2006

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Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Vidéo, Bande-annonce, Actuellement dans les salles - le 6 décembre 2006 à 18h06

Red Road sort aujourd’hui dans les salles. Film pas facile, et en même temps très appliqué.

Une femme travaille dans un centre de surveillance et passe ses journées à regarder les gens passer dans la rue. Parfois elle surprend un délit, qu’elle signale aussitôt. Mais c’est autre chose qui l’amène, on ne sait trop pourquoi, à suivre un homme. Tout le film se construit sur ce secret, sur le soupçon ou l’attirance.

Dans ses pérégrinations, la femme découvre un nouvel espace, périphérique et pauvre, jalonné d’imposantes barres d’immeubles. Un lieu extrêmement austère d’où émane une sourde violence. Peu à peu je ne veux plus savoir, le secret finalement devient accessoire, car le lieu prend le pouvoir, définit les règles. Et la règle est simple : c’est la rétention. Chacun garde pour soi, son passé, ses désirs, ses expressions. Chacun reste au dedans et ne communique que par tentative, main tendue hésitante ou éruption de violence momentanée. Dans les centres de rétention que sont les tours d’immeubles, on reste terrés comme des rats, parfois on ouvre la fenêtre mais alors c’est le vide qu’on sent. Se terrer ou sombrer, c’est ça l’alternative. Centre de rétention pour cette femme qui retient le souvenir de son mari et de son enfant morts et part s’enfermer dans les tours à la recherche du coupable, pour le faire payer.

Le film s’ouvre sur la fin, sort de ces pièces closes et obscures, de ces images innombrables d’écrans de surveillance, sors dans la rue tout simplement, car c’est dans la rue que tout recommence. Comme si le film ne faisait que commencer alors qu’il finit, qu’il n’avait été qu’un suspend, une parenthèse.

Matthieu

(mai 2006)

Red Road

Durée : 1h53

Réalisation : Andrea Arnold
Scénario : Andrea Arnold

Montage : Nicolas Chaudeurge
Chef décoratrice : Helen Scott
Ingénieur du son : Martin Belshaw
Directrice du casting : Kathleen Crawford

Production : Sigma Films Ltd (Angleterre) & Zentropa Entertainments (Danemark)

Producteur : Carrie Comerford & Robbie Ryan

Distribution (France) : Equation
Attachée de presse : Vanessa Jerrom

[Critique] Pour aller au ciel il faut mourir, de Jamshed Usmonov

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Un Certain Regard 2006, Paris Cinema 2006, Jamshed Usmonov, Pour aller au ciel il faut mourir - le 11 juillet 2006 à 14h02

Il y a deux ans aux Rencontres, Koktebel, fort et âpre, avait séduit.

Pour aller au ciel il faut mourir part moins dans une stylisation, type Le Retour, mais déploie d’autres qualités, une absence d’effets, une économie de la parole, une simplicité du cadre, qui en font un film plaisant, à défaut d’être émouvant.

Pour aller au ciel il faut mourir

L’argument du film en vaut un autre : un jeune type n’arrive pas à coucher avec son épouse, il part en voyage pour trouver une autre partenaire sexuelle, en attendant. Les petits riens, gestes infimes, jeux de regard, font le succès - discret - du film. Lorsque le mec suit une femme dans un train, une femme qui lui plaît. Assis au bar, il ne la regarde plus, alors la femme le jauge d’un coup d’œil. Par des touches comme celles-ci, justes et minuscules, Usmonov gagne son film.

Pendant une surprenante demi-heure, on ne suit rien d’autre que les déambulations silencieuses du jeune héros qui cherche une femme. D’un cimetière à une salle de ping-pong, d’un tatami au ballet des autobus, la caméra suit ses attentes, ses espoirs et ses déceptions, autant de micro-évènements qui passionnent jusqu’à la rencontre avec Dinara Droukarova, qu’on a plaisir à retrouver ici.

Toutes les séquences avec le bandit virent au polar, instaurent quelque chose d’autre, un climat, un mystère, une tension. En soi c’est un peu faible, mais le parti-pris de mise en scène s’impose de lui-même et convainc finalement. La caméra, proche et secrète, épouse l’intériorité massive du héros, s’attache en gros plan et sans profondeur de champ à son visage granitique, comme lorsqu’il rebrousse chemin, on reste sur lui, et c’est le virage du bateau qui exprime le basculement de la scène. En fait, c’est la confiance que Djamshed Usmonov porte dans la grandeur du visage de son acteur qui lui fait réussir son film.

Mikael Gaudin-Lech

Sortie le 4 octobre 2006

Infos (Paris cinema)

Critique (Arte)

Horaires

Le cinéma de Sofia

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Actualités, Délire Critique, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Sofia Coppola, Marie-Antoinette - le 25 mai 2006 à 18h06

Il faut déjà revenir sur Antoinette et son acceuil critique. Un critique de Variety compare le film à un bonbon, tandis que chez libération Azoury ne se mouille pas trop, choisissant de tourner autour du pot et de relever quelques motifs récurrents d’un film de Sofia à l’autre (la jeune fille triste qu’elle n’a jamais cessé d’être). Tout le monde reprend ce faux débat sur l’histoire, débat initié par Sofia elle-même qui - craignant d’emblée un mauvais acceuil - avait prévenu que le film gênerait sans doute les français, peu disposés à voir leur histoire revue et corrigée par un étranger. Ce débat sur l’histoire n’a pas lieu d’être our la simple raison qu’il n’a jamais été question d’histoire, que le film entier est conçu comme une succession de pastilles mulitcolores détachées de leur contexte historique. Il témoigne en revanche d’une belle lâcheté de la part de sofia, qui voit un problème là où il n’y en a pas. On ne lui reprochera jamais son inculture, cela n’est pas la question.

Protestation donc contre l’acceuil mou et bienveillant des critiques ayant vus le film avant Cannes, contre les textes mi-lard mi-cochon qui foisonnent aujourd’hui pour seulement compter les points, évoquer les arguments pour contre, pour rien. Protestation contre le tiédeur qu’inspire ce film, et avant lui dans une certaine mesure Lost in translation. L’heure n’est plus à la tiédeur, même si ce cinéma en produit naturellement. Il faut prendre le film et le prendre au sérieux, pas nécéssairement au premier degré (le quotidien pastel d’une princesse insouciante et rieuse), ni au second (le huis-clos, la solitude dorée, la dissonance qui pointe le bout de son nez). Rien, absolument rien ne peut quelque soit le degré d’interprétation jouer en faveur de ce film (un plan de dé, une scène d’opéra ?…non), car il est dans son fond le dernier degré du cinéma subtile, le stade ultime d’un cinéma qui subtilise non plus un écran à un autre, mais bien l’écran à la fenêtre, qui littéralement fait écran, s’envisage comme une suite de beau panneaux jouant comme autant de caches misère. Le cinéma de Sofia est un cinéma d’imagerie, vidé de sa substance, sans chair ni âme, qui ne sait plus trop comment traiter l’image, et finalement la travestit faute de pouvoir l’habiter. Un cinéma de poupées - oui comme Ken et Barbie - qui ne référe à rien d’autre qu’à un univers synthètique au moyen d’une forme également synthètique, c’est à dire fabriquée et empruntée. C’est bien pour cela que d’autres la chantent, pour cette aptitude à assumer ce côté plastique trés post-moderne, à aller jusqu’au bout de son idée toujours fixe, immobile et quelque part sinistre. Oui le cinéma de Sofia est un symptôme. C’est pour ça qu’il plaît, c’est pour ça qu’il m’inquiète.
Matthieu Chéreau

Marie-Antoinette, de Sofia Coppola

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Sofia Coppola, Marie-Antoinette - le 24 mai 2006 à 21h09

Marie-Antoinette

Le premier plan rappelle la bande annonce. Le parti pris on le connaît, le titre rose fluo, new order et companie, bref une esthétique pop seventies pour décrire cette chronique de fin de règne. Pourquoi pas. C’est plutôt agréable d’ailleurs, et rend les scènes gaies et entraînantes. Mais à force cette méthode tape sur le système et masquer mal la pauvreté exaspérante du film tout entier. La recette est simple : une scène d’information (elle se marie, elle accouche une première fois, elle prend un amant, elle accouche une seconde fois, etc.) pour deux ou trois scènes musicales, où l’on observe Toinette virvolter et jouir de tous les menus plaisirs qui font son quotidien. La recette est indigeste à un tel point que c’en est surprenant. Plan pastels de souliers, de gateaux, de tissus, plans de frimousses roses et soldats scandinaves…c’est un peu ken et barbie, sofia qui fait mumuse à ken et barbie, complétement. Sofia qui habille barbie, la fait danser, et barbie ne s’en porte pas plus mal, qui se fout de tout le reste. Barbie colle complétement au cinéma de Sofia, qui dévoile un peu de son jeu et signe avec ce film le manifeste qu’on attendait d’elle pour un cinéma en plastique, qui ne parle de rien, qui n’est jamais qu’en surface et qui se caractérise en dernier ressort par son aspect synthétique et affecté. Et je suis gentil !

Matthieu Chereau

[Vidéo & critique] Selon Charlie, de Nicole Garcia

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Vidéo, Bande-annonce, Selon Charlie - le 21 mai 2006 à 16h04

Selon charlie

J’hésite à parler du film. Pourquoi en dire du mal ? Simplement parce qu’il n’a pas sa place en compétition officielle, et que ce seul fait mérite d’être relevé. Le film fonctionne comme une grande galerie de portraits dans laquelle chacun joue son petit rôle. Il s’articule sur une ou deux idées, notamment la légende d’un homme qui jadis parti seul pour rejoindre le pôle nord. Pourquoi cette fuite, cette course à la solitude ? Mystère. Mais un mystère pas extrêmement épais et dont on se lasse vite. Oui la solitude est hésitante, oui elle est dure, oui elle est misérable, mais ces vies éparpillées sont elles-même bien fragiles et manquent parfois de consistance, d’existence. Ces solitudes n’existent pas pour la simple raison que les personnages se contentent de jouer leur texte. Le film se déroule bien sagement, chacun tenant sa partie et n’en faisant jamais trop. Film appliqué, et pourrait-on dire presque institutionnel. D’où sa production, sa séléction à Cannes, d’où sa pub, etc. etc. Un cinéma institutionnel, dont on aurait presque à rougir Cannes, tant il concentre les grands travers du cinéma français. Sur l’affiche d’OSS 117 à Cannes : “He is so french !”.

Matthieu Chereau

[Vidéo & critique] Fast Food Nation, de Richard Linklater

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Vidéo, Bande-annonce - le 19 mai 2006 à 10h10

Fast food nation

J’ai une vision parcellaire du film, du moins de la première moitié, car autant le dire tout de suite j’ai un peu sommeillé. Donc une trame simple, le cadre américain moyen d’un côté, avec sa fonction au sein de l’entreprise, le langage technique et lisse qui va avec ; et les Mexicains fraîchement émigrés de l’autre, pauvres, exploités, immédiatement incorporés par le système capitaliste, et affectés aux tâches les plus ingrates. Des petites saynètes de la vie quotidienne de ces gens-là, dureté de la vie des Mexicains, drôlerie un peu dissonante du cadre américain empêtré dans ses petites certitudes et sa petite morale. Il va découvrir un monde dont il ne soupçonnait jusqu’ici pas l’existence. Il s’aperçoit que dans les burgers dont il fait la pub, il y a de la crotte. Fast Food Nation lève le voile sur les processus très rationnels qui amènent à produire et commercialiser cette crotte. Evidemment, la posture du provocateur, qui fait rire et gêne en même temps. Mais on est un peu gêné tout de même, face à ce film abrasif mais pas trop, par moment trash (il faut bien choquer le bourgeois) mais presque toujours mainstream. Bref, je doute qu’on se souvienne de ce côté de l’Atlantique de ce film, trop tempéré et tiède pour véritablement atteindre sa cible.

Matthieu

Fiche du film (Festival de Cannes)

Site officiel

[Vidéo & critique] Le Vent se lève (The Wind That Shakes the Barley), de Ken Loach

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Cinelogs, Compétition officielle Cannes 2006, Vidéo, Ken Loach, The Wind That Shakes the Barley, Bande-annonce, Le vent se lève - le 19 mai 2006 à 09h09

barleywind

Difficile d’entamer la journée avec un film aussi pesant. D’emblée la petite histoire se met en place, avec ses personnages principaux, ses petits costumes, son petit cadre historique. Des Irlandais se soulèvent et prennent les armes pour combattre les Anglais qui occupent et sévissent sur leur sol. Nous sommes dans les années 20, et le destin d’un jeune homme talentueux promis à une belle carrière dans la médecine bascule subitement. Tout le reste du film est réglé comme une horloge suisse et se déroule sans anicroche. A force c’est rasoir. Trop appliqué pour pouvoir intéresser, trop sage, trop volontairement touchant. Il est des films qui se contentent d’être seulement de petits illustrés, et celui-ci me donne cette impression. Illustration du conflit entre Irlandais et Anglais, des injustices criantes, des hésitations dans le camp des resistants, des conflits internes, chaque idée à sa scène et tout s’enchaîne sagement. Parfois c’est vrai, une distance de dessine. Les personnages - irlandais ou anglais - dès lors qu’ils sont en escouade, ont un je-ne-sais-quoi de ridicule et de burlesque. Maigre compensation, tout de même, à un traitement par ailleurs très appliqué et sérieux. Barbant !

Matthieu

Site officiel du film

Summer Palace, de Lou Ye

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Actualités, Délire Critique, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Summer Palace, Lou Ye - le 19 mai 2006 à 09h09

Summer Palace, Cannes film festival

C’est la première séquence, les images se succèdent de manière heurtée, racontent une histoire sans cacher leurs ficelles. Un garçon et une fille, qui reçoit une lettre d’admission à l’université de Pékin, doit partir et forcément dire adieu, quitter son copain. Tout ça s’enchaîne de manière mécanique, presque trop. Et puis le plan-séquence se pose et change de visage. Là dans l’image se tient d’emblée quelque chose qui n’est plus de l’ordre de l’histoire. Ils baisent dans l’herbe une dernière fois, puis s’écartent l’un de l’autre un peu comme des étrangers. Voilà c’est fini. C’est dur. Juste là, on rentre dans une nouvelle dimension, l’histoire et son schéma un peu trop saillant se trouvent court-circuités. On touche d’emblée à la fulgurance. Première montée d’adrénaline, qui en annonce d’autres.

L’histoire d’une fille et d’un garçon, d’une bande autour d’eux, du je t’aime moi non plus, je te trompe mais je t’aime, on baise ensemble mais je te quitte, etc. etc. Rien que des histoires élémentaires, qui coulent de source et charrient allégrement leur poids de romanesque, de tragique, de mélancolie. Elémentaire cette envie, ce besoin de jouir et d’inventer simplement – qui n’en a jamais rêvé à 20 ans – une utopie à deux, une utopie de bande à part, loin de tout, qui va à l’essentiel. On trouve là la fougue et le désespoir d’un amour qu’on a déjà vu mille fois, mais qui – parce qu’il est conté de manière brutale, lyrique mais aussi bousculée, nous plonge dans une espèce de plaisir béa. Pas peur de dire que je marche, que dans l’excès de jeu et de plans, réside une profonde justesse. Dur d’expliquer ça, de faire parler cette certitude. C’est, comment dire, pas parce que cette fille nous parle, mais parce que perce à travers elle quelque chose d’une histoire vécue et restituée de l’intérieur. Non seulement ces personnages existent à l’écran, mais l’on sent que cette existence ne suffit pas, qu’elle déborde de tous les côtés, procède d’un passé encore ouvert, d’une mémoire toujours à vif, d’un désir étonnamment ardent, de tout ça à la fois, qu’elle est enfantée dans l’urgence et surtout la nécessité.

Alors bien sûr, d’autres dénonceront un certain maniérisme, pas mal de plumes qui volent dans le cadre, des vagues à l’âmes serrés de prés, des crises passionnelles. Evidemment. Mais aussi une construction un peu à la Wong Kar Wai, qui rappelle 2046 par son côté tarabiscoté et qui dans le même temps conserve une très forte unité à travers le voix, le monologue de cette fille, qui est un mélange de petits clichés et de subtiles pensées. Une actrice comme ça, qui pèse autant dans l’écran, habite en monstre un film qu’elle porte tout entier, une actrice comme ça existe c’est tout. Ni juste ni fausse, elle se contente de s’imposer de manière complètement arbitraire, qu’on aime ou non. Et puis de toute façon elle emporte la mise. C’est gagné d’avance.

Il faut revoir Summer Palace, aller puiser dans sa fougue, sa beauté et son amertume, accepter le parti pris d’une mélancolie toujours bousculée, malmenée par la petite et la grande histoire, brute et brutale. Accepter d’être balancé, de participer du grand vertige qui anime et porte tout le film.
Matthieu

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