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The Host, un film de Bong Joon-Ho

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The Host, un film de Bong Joon-Ho

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Critique, Bande-annonce, Actuellement dans les salles, Bong Joon-Ho - le 24 novembre 2006 à 19h07

On trouve parfois des procĂ©dĂ©s stylistiques qui rĂ©sument toute la dĂ©marche d’un cinĂ©aste. Chez Bong Joon-Ho, dont le surprenant The Host est sorti cette semaine, le travelling filĂ© se fait le moteur d’une sensation de pertes et d’apparitions mĂŞlĂ©es.

Belle illustration de l’idĂ©e de poursuite, ce type de plan, conjuguĂ© Ă  de frĂ©quents ralentis, capte les visages et les corps des hommes en course, fuyant le monstre. Jamais assez synchrone pour pouvoir Ă©tablir un accord de vitesse entre les personnages et la camĂ©ra, le système de Bong donne une impression de dĂ©raillement. Dans son prĂ©cĂ©dent film sorti sur nos Ă©crans, Memories of Murder, une scène donnait Ă  voir, toujours avec la mĂŞme chorĂ©graphie de la pagaille, des hommes se prĂ©cipitant dans un champ pour dĂ©couvrir un cadavre. Ralenti et travelling latĂ©ral incertains. LĂ  encore, il s’agissait d’imprimer la panique des individus sur un environnement mouvant.

Que reste-t-il dans le plan lorsque le travelling, trop rapide ou trop lent, perd la forme humaine qu’il essaie de suivre ? Dans The Host, c’est d’abord une puissance esthĂ©tique et figurale abstraite, striĂ©e ou courue, digne du stylisme de King Hu. Mais ce mĂ©lange colorĂ© et difforme des lignes dĂ©crit aussi une zone incertaine oĂą il est permis Ă  tout et n’importe quoi d’apparaĂ®tre. En tĂ©moignent les visages toujours plus effrayĂ©s des victimes qui s’effacent puis reviennent, qui s’abaissent puis se redressent pour revenir au centre du plan.

Par ce principe voilé d’apparition et de disparition, on touche à une des première forces du cinéma (l’arrivée de quelque chose dans l’image), mais surtout on justifie la présence du monstre dans le système du film. C’est par ce seul principe que la mutation grotesque de The Host pourra naître, disparaître, toujours venir nous agresser et nous assaillir au sein du plan. C’est grâce à la répétition du procédé qu’on y croit.

De manière plus générale, le travelling employé par Bong place le spectateur dans une posture constamment aux aguets. On attend la surprise, on guette dans le malstrom ce qui pourra en surgir. On accepte le jaillissement de l’intrus avec beaucoup de plaisir. Et Bong multiplie les sautes ; il mélange les tonalités, brouille les régimes, donne au traitement de son histoire une liberté tout à fait agréable.

Il permet l’inattendu. À la farce grasse succède un instant de poésie impromptu - les personnages existent, nous dévoilent leurs tourments. Comme un symptôme du monde qui l’entoure (la satire à la Docteur Folamour ou le train-train de la société coréenne), l’insolite apparaît sans crier gare, tout comme le monstre, surgissant de l’abstraction des formes, nous semblait un symptôme possible du plan, un « hôte » qui le parasite et l’habite. Cette fraîcheur des possibles donne à The Host son charme imparfait, épaisseur originale et étonnante promise au film. Il faut fuir le voir.

Victor Moisan

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