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[Critique] Deux sorties de la semaine : Antonio Das Mortes, de Glauber Rocha et Eté violent, de Valerio Zurlini

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ActualitĂ©s, Paris Cinema 2006, Forum des images, Rencontres du cinĂ©ma 2006, Glauber Rocha, Valerio Zurlini, Antonio Das Mortes, EtĂ© violent - le 16 July 2006 à 10h10

Pourquoi diable aller voir un vieux film qui ressort cette semaine, alors que les nouveaux films sont dĂ©jĂ  chaque semaine si nombreux ? Deux raisons, deux films, deux sĂ©quences pour deux (re)sorties d’un 12 juillet 2006.

Antonio Das Mortes d’abord, de Glauber Rocha : l’itinĂ©raire d’un ancien tueur de Cangaceiros (les Robin des bois brĂ©siliens) qui au terme de moult aventures et de quelques crises mystiques se range du cĂ´tĂ© des opprimĂ©s et fait payer ses anciens maĂ®tres. Le film entier est menĂ© avec pas mal de fougue et de style, les personnages sont outranciers et le souffle, Ă©pique. La dernière scène Ă  elle seule vaut son pesant d’or et frappe par sa forme folle : c’est la fusillade finale, les plans claquent au rythme des coups de feu qui font vibrer les enceintes, Antonio pris par sa foi, pris dans l’histoire, s’avance - hĂ©roĂŻque - pour Ă©craser l’ennemi. Pas peur, il semble invincible ! Les balles sifflent autour de lui, c’est le grand festival, et ça chante et ça crie. Les plans se succĂ©dent comme dans une grande rotative, rythme saccadĂ©, accĂ©lĂ©rĂ©, le monstre s’avance d’une manière presque messianique pour cĂ©lĂ©brer le triomphe final du paysan mystique sur le propriĂ©taire terrien. Plus fougueux et brouillon mais avec la mĂŞme rage au ventre et la mĂŞme intransigeance que Cimino dans La porte du Paradis, lorsque Nate se retourne contre son employeur pour finalement se faire trucider par une armĂ©e entière : violence du combat et Ă©normitĂ© de la cause, qui traverse les âges et rĂ©sonne dans l’Histoire entière. Cette scène d’Antonio Das Mortes vaut dĂ©jĂ  le prix de 3 places de cinĂ©ma et constitue une rĂ©ponse Ă  la question du dĂ©but pourquoi diable aller voir un vieux film ?

On n’a certainement plus l’habitude de voir de tels films aussi lyriques et justes, pleins de dĂ©mesure mais aussi de politique et de poĂ©sie.

Eté violent

Deuxième argument choc : EtĂ© violent ! Dans l’Italie de 43, un jeune homme et une veuve s’Ă©prennent passionnĂ©ment l’un de l’autre. Comme dans La Fille Ă  la valise (tournĂ© 2 ans aprĂ©s), Zurlini prend un petit français - le jeune Trintignant - pour intĂ©rprĂ©ter son personnage principal, figure frĂŞle et timide face Ă  cette femme dans la fleur de l’âge, gĂ©nĂ©reusement formĂ©e et belle Ă  creuver. Alors que la chasse commence ! Après les introductions d’usage, ça s’approche, ça drague un peu, puis on se fait des bisous, etc. etc. Une scène, Ă  peu près Ă  ce moment-lĂ , d’une Ă©lĂ©gance Ă  couper le souffle : la bande de copains se retrouve dans un salon vide, Ă  danser chacun de leur cĂ´tĂ© en couples. Les corps sont Ă  peine distincts. La musique, l’obscuritĂ©, le temps qui semble s’ĂŞtre suspendu tant les corps paraissent figĂ©s : tout invite Ă  l’aventure, aux petits gestes dissimulĂ©s et aux grandes effusions. Mais pour l’heure tout est dans l’air, rien ne se passe. On se contente de danser et d’imaginer, c’est tout. On joue mĂŞme pas, on reste un peu plantĂ© lĂ , comme paralysĂ© par le dĂ©sir. Un oeil Ă  droite Ă  gauche juste histoire de voir si le dĂ©sir est derrière, s’il est encore lĂ . On cherche des cibles, des promesses dans le regard de l’autre, ou des certitudes. La tension monte c’est forcĂ©, et on se dit que ça n’est plus un drame, que c’est un film Ă©rotique habillĂ©, tant la tension est grande et en mĂŞme temps dĂ©licieuse. Film Ă©rotique j’assume, avec cette folie encore rĂ©primĂ©e qui rĂ´de dans les parages, ce dĂ©sir brĂ»lant qui se fait sentir dans la maladresse des corps et le vertige des regards. Erotisme c’est forcĂ©, tant la passion est grande entre ce petit homme et cette madone. Qui ne se souvient pas de la Gertrud de Dreyer, brĂ»lante elle aussi pour ce goujat d’Erland ? Et toujours cette tension : dĂ©pouillement du jeu / dĂ©mesure des sentiments, qu’on retrouve dans cette sĂ©quence. Grande classe italienne, qui Ă©videmment rappelle La Dolce Vita et ses corps aventureux dansants dans la pĂ©nombre, et surtout la très grande Notte avec ses corps las et immobiles, mais toujours animĂ©s prar un dĂ©sir trouble.

Antonio das mortes

Oui plus j’y pense et je me dis qu’un film comme ça, qu’y revenir, que s’en nourrir, n’aide pas seulement Ă  comprendre le cinĂ©ma d’aujourd’hui (prenez Montag par exemple), comprendre d’oĂą il vient, mais aussi permet de dĂ©couvrir des oeuvres plus fortes, paradoxalement plus fraĂ®ches, moins fragiles et calculĂ©es que celles d’aujourd’hui. Ce qui frappe dans les deux sĂ©quences d’Antonio et EtĂ© violent, c’est leur force : elles se suffisent Ă  elles-mĂŞmes, elles s’imposent par leur beautĂ©, leur lyrisme, leurs esprit. Ca n’est pas “Esprit es-tu lĂ ” genre qu’est-ce que ce film veut dire, oĂą veut-il m’emmener, etc. (cf. pas mal de films aujourd’hui - exemple limite dans l’ordre du pire : le dernier Nicolas Garcia en train d’ĂŞtre remontĂ©, comme si ça allait changer quelque chose !) c’est le film qui vous prend par la main et vous fait Ă©prouver des sentiments, des idĂ©es qu’il rend tangibles et inspirants.

Les deux films sortent donc le 12 juillet

Matthieu

Infos sur Eté violent (crédits, photos, etc.)

Retrospective “Hommage Ă  Glauber Rocha” (biographie, detail des sorties, analyse de son oeuvre, etc.)

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