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Archive pour la catégorie 'Actualités'

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Bande annonce (VO) - The Good Shepherd, de Robert de Niro

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Actualités, Vidéo, Bande-annonce, The Good Shepherd, Robert de Niro - le 4 novembre 2006 à 15h03

Dernier film réalisé et joué par Robert de Niro, écrit par l’un des très grands scénaristes américains, Eric Roth, auteur entre autre de l’adaptation de Forrest Gump et du scénario de Révélations (de Michael Mann, avec notamment Al Pacino et Russel Crowe), The Good Shepherd raconte l’histoire des débuts de la CIA à travers celle de l’un de ses agents joué par Matt Damon.

“Quand j’étais chanteur”, de Xavier Giannoli

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Actualités, Critique, Vidéo, Bande-annonce, Xavier Giannoli, Quand j'étais chanteur - le 16 octobre 2006 à 14h02

Alain, la cinquantaine, est ce que l’on appelle un chanteur de bal, de thés dansant, qui enchaîne les galas en province ; c’est en musique qu’il aperçoit Marion, une jeune mère célibataire et perdue, qui retient tout de suite son attention.

Cette rencontre est une chanson tendre et pudique, rythmée par une peur d’aimer incessante que le réalisateur a su filmer, tout en retenue, dans une simplicité et une justesse qui ne s’encombrent jamais d’amertume, faisant de ce film un tableau remarquable de vérité, la danse de deux êtres tour à tour maladroits et attentionnés, qui valsent ou s’échappent au son de leurs émotions.

« Quand j’ étais chanteur » ne tombe jamais dans les poncifs de l’écart d’âge, les deux cœurs sont blessés mais leur solitude reste élégante, sûrement la marque d’un réalisateur sensible qui a su capter la musique du cœur, au plus près du trouble, sans fioritures. Ce film est la partition touchante d’une rencontre ordinaire, au ton rare : celui de la sincérité.

Alexandra

NDLR : “Quand j’étais chanteur” est le troisième long métrage de Xavier Giannoli après “Les corps impatients” et “Une aventure” mais aussi “L’interview”, palme d’or du meilleur court-métrage à Cannes en 1999.

[Vidéo & critique] Taxidermie, de György Pálfi

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Actualités, Critique, Vidéo, Taxidermie, Bande-annonce, György Pálfi - le 8 septembre 2006 à 16h04

Taxidermie est une sorte de film-monstre, fondamentalement baroque, avec du sexe, de l’orgie, de l’horreur bref une image qui tend constamment du côté de la surenchère, qui ne se contente pas d’être brute mais aussi vulgaire, laide et choquante. Ce film n’a rien pour plaire et pourtant s’y dessine en filigrane les contours d’un discours fort et gonflé sur l’histoire de la Hongrie, de la Seconde guerre mondiale à l’ère post-soviétique. Sur trois générations, les hommes et leurs corps se tranforment : naissance dans la douleur et le fantasme, invention d’un homme nouveau qu’on goinfre à n’en plus pouvoir, et finalement évidement d’un corps non plus a réinventer mais à détruire. L’idéologie imprime sa marque sur un corps qui, pour avoir trop encaissé n’aspire plus qu’à la vacuité, au devenir-chose, comme s’il avait failli dans sa tâche, qu’être un homme était trop pour lui, trop dangereux en tout cas. Film-monstre, sur la monstruosité. Comme on dit un film très humain. Vous voyez. Comme la barbarie à visage humain. Le film-monstre c’est ça. C’est cette humanité-là, son bilan critique.

Site officiel du film

Autres sorties de la semaine : Le vent se lève de Ken Loach (palme d’or à Cannes) et Selon Charlie, de Nicole Garcia

[Critique & vidéo] Miami Vice (Deux flics à Miami), de Michael Mann

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Actualités, Critique, Vidéo, Bande-annonce, Miami Vice, Michael Mann, Deux flics à Miami - le 20 août 2006 à 18h06

A la sortie de la salle, Jean-Baptiste Thoret, Nicole Brenez et autres spécialistes du cinéma de genre américain, louaient tous le dernier film de Michael Mann, propulsé blockbuster de l’été. Pas désagréable, long mais tendu, Miami Vice vaut surtout pour ses scènes d’action. Je me demandais déjà pendant le braquage de Heat comment les détonations pouvaient avoir un son si brutal, si proche. Tournées en HD, les images impressionnent, donnent à voir l’immédiateté de l’action et s’inscrivent à mi-chemin entre le reality show des polices américaines et le pur documentaire.

Le plus frappant, c’est la tendance qu’a Mann de faire de ses acteurs de vrais héros modernes, et ainsi de faire basculer son récit vers la tragédie antique. Dans une des dernières scènes, Gong Li, déifiée par un coucher de soleil, s’éloigne sur son bateau le cœur brisé. Colin Farrell rentre quant à lui à l’hôpital pour y retrouver ses proches, retour au foyer attendu, plan très fordien qui vient conclure le film.

Le point le plus faible reste la relation sentimentale entre ces deux-là. Quand Gong Li en femme d’affaires mafieuse finit par céder comme une collégienne au charme de Colin Farrell, on n’y croit tout simplement pas. Il faut alors fermer les yeux sur leur idylle grotesque, pour apprécier ce film finalement très enlevé.

Mikael Gaudin-Lech

Site officiel

Miami vice, la série

[Critique & vidéo] Pirates des Caraïbes 2, pirates d’eau douce

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Actualités, Critique, Vidéo, Gore Verbinski, Disney - le 4 août 2006 à 11h11

Ca y est, je m’y suis collé ! La première tentative, hier, n’avait pourtant pas été fructueuse pour la simple raison que les deux salles d’Odéon étaient complètes. Vous savez combien je suis consciencieux et zélé, j’y suis donc retourné aujourd’hui, me disant que ce serait - au pire - un moment divertissant.

Bilan des courses ? Un pirate légèrement efféminé, une jeune aventurière déguisée en moussaillon, monsieur Pieuvre, monsieur Requin, monsieur Bernard-l’hermite, j’en passe et des meilleures. Tout ce petit monde se côtoie joyeusement, se chamaille et se reconcilie dans un même élan. On ne croit jamais trop à l’histoire. Tout paraît si grotesque que les personnages eux-mêmes font mine d’en rire. Pirates des Caraïbes est une fable tout droit sortie d’une tête de Disney qui s’est dit : on met de côté Peter Pan, mais on garde Capitaine Crochet, on met deux trois bestioles qui font un peu peur, un anti-héros un peu décalé, un méchant, un belle, et le tour est joué.

Ensuite la petite tête de Disney va voir Gore Verbinski (le réalisateur) et lui demande d’en tirer un truc sympa, avec des blagues, de l’aventure, etc. Gore se dit que, tant qu’à faire, il n’est pas à un pirate près. Il en a déjà signé un, et n’est pas mécontent d’en faire deux autres puisqu’après tout, ça marche ! D’un autre côté il se dit que ces histoires de Pirates, plus personnes n’y croit. Alors malin qu’il est, il se dit que ses pirates non plus ne croiront plus en rien : il invente… des pirates nihilistes, et échaffaude autour d’eux des thèses complétement post-modernes élaborées dans un esprit docte et malin !

Alors voilà, l’idée c’est que le Pirate (Johnny) est gay, que la fille (Keira) est lesbienne, qu’entre les deux ça chauffe un peu, elle aime la femme en lui, et lui l’homme en elle. C’est de la Queer theory pure et simple, et ça marche super bien ! Keira est libérée juste avant le mariage, libre du coup d’échapper aux conventions, de ranimer son côté sauvage ! Et Johnny l’attend, il n’en peut plus de brasser l’air avec ses mains, de jouer au junky gay un peu paumé, mais quand même génial. Le petit Orlando dans tout ça ne comprend rien à rien, lui qui en était resté à Chrétien de Troyes, à agiter son épée dans tous les sens et à se dire prêt à tout pour sauver sa belle. Trop con le mec ! Pendant ce temps, les deux autres se font les yeux doux, enfin façon de parler, ils se font des coups tordus, mais c’est bien leur style, c’est ça qu’ils aiment. Faire les pirates !

Et Gore ne s’arrête pas en si bon chemin. Revisitant allègrement tout un pan de la littérature fantastique, il démontre au passage une belle faculté de synthèse. Capitaine Nemo revu façon Monsieur-Pieuvre-Capitaine-des-mers s’épuise sur une orgue - c’est 20 000 lieues sous les mers qui se mort la queue, le maître et la créature réunis en un seul être. Le Trickster à Hollywood a de beaux jours devant lui. Tout ramène finalement à une petite mythologie de pacotille, avec sa grande tribu de gueules de poissons, ses héros à deux faces, et ses méchants univoques.
Le film est définitivement trop ennuyeux pour qu’on en dise davantage. Cela suffit comme ça. Quittons-nous sur ces quelques phrases extraites des Travailleurs de la Mer, qui mettront tout le monde d’accord et me dispenseront de commenter le misérable face à face entre Johnny et la pieuvre sur lequel se clôt pratiquement Pirates 2 :

“Brusquement une large viscuosité ronde et plate sortit de dessous la crevasse. C’était le centre ; les cinq lanières s’y rattachaient comme des rayons à un moyeu ; on distinguait au côté de ce disque immonde le commencement de trois autres tentacules, restés sous l’enfoncement du rocher. Au milieu de cette viscosité il y avait deux yeux qui regardaient.

Ces yeux voyaient Gilliatt.

Gilliatt reconnut la pieuvre.”Victor Hugo, 1866

La meilleure réponse à une image travestie restera toujours l’imagination.

Matthieu

Site officiel du film

[Bande-annonce] Lucy, de Henner Winckler

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Actualités, Henner Winckler, Lucy, Bande-annonce - le 20 juillet 2006 à 16h04

Après La Science des rêves de Michel Gondry, Cinelogs vous présente une deuxième bande-annonce, celle d’une sortie de la semaine, Lucy, un film de Henner Winckler dont vous pouvez en consulter la critique enthousiaste rédigée par Benoît à l’occasion du Festival Paris Cinéma.

Lucy fut également présenté lors du dernier Festival de Berlin ; il faut dire que ce film subtil et élégant signe l’embellie du cinéma allemand et mérite vraiment d’être vu.

[Critique] La Raison du plus faible, de Lucas Belvaux

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Actualités, Critique, La Raison du plus faible, Lucas Belvaux - le 19 juillet 2006 à 22h10

Il y a un malentendu autour du film. Lucas Belveaux l’a écrit et réalisé, mais il s’est aussi donné le premier rôle, bien que l’affiche et le générique mettent plus en avant Natacha Régnier et Eric Caravaca. Petite supercherie sur laquelle il faut passer, le personnage joué par Belvaux ouvrant et fermant son film.

La dernière demie-heure en présente son agonie, interminable, et dévoile la véritable visée du film : un sujet « à thème », du cinéma social si l’on veut, qui est en fait un écrin pour son acteur-cinéaste. Cette conclusion, complaisante, vient en partie gâter la bonne impression générale laissée par le film. Surtout, elle met en doute la pertinence de la narration éclatée, mode sous lequel se déroule le film. A la fin, ces personnages, on s’en fiche un peu- si ce n’est Caravaca, vrai spécimen sociologique, mais pour le coup touchant. Pourtant, il y a quelque chose, peut-être dans le Scope qui prend bien, le rythme jazz nonchalant, la façon de cadrer cette ville de l’intérieur, d’en capter l’âme, le cœur (Dumont le fait, aussi, mais mieux).

Probable que ce soit insuffisant pour captiver vraiment. Mais le choix que fait Belvaux de tourner un polar est plaisant. La mécanique, nette, précise. Trop : vers la fin, le temps est long. Il manque cette sauvagerie, cette brutalité, bref cette folie qui aurait pu transformer le calme plat du film en passions, l’apathie de cette histoire en intensité. Et puis le titre, bien entendu, nous remet Fassbinder en tête, et soudain Belvaux, juste mais sage, perd en crédibilité. Il aurait fallu plus de mélodrame et de chair pour que son film nous agrippe vraiment.

Mikael Gaudin-Lech

[Critique] Deux sorties de la semaine : Antonio Das Mortes, de Glauber Rocha et Eté violent, de Valerio Zurlini

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Actualités, Paris Cinema 2006, Forum des images, Rencontres du cinéma 2006, Glauber Rocha, Valerio Zurlini, Antonio Das Mortes, Eté violent - le 16 juillet 2006 à 10h10

Pourquoi diable aller voir un vieux film qui ressort cette semaine, alors que les nouveaux films sont déjà chaque semaine si nombreux ? Deux raisons, deux films, deux séquences pour deux (re)sorties d’un 12 juillet 2006.

Antonio Das Mortes d’abord, de Glauber Rocha : l’itinéraire d’un ancien tueur de Cangaceiros (les Robin des bois brésiliens) qui au terme de moult aventures et de quelques crises mystiques se range du côté des opprimés et fait payer ses anciens maîtres. Le film entier est mené avec pas mal de fougue et de style, les personnages sont outranciers et le souffle, épique. La dernière scène à elle seule vaut son pesant d’or et frappe par sa forme folle : c’est la fusillade finale, les plans claquent au rythme des coups de feu qui font vibrer les enceintes, Antonio pris par sa foi, pris dans l’histoire, s’avance - héroïque - pour écraser l’ennemi. Pas peur, il semble invincible ! Les balles sifflent autour de lui, c’est le grand festival, et ça chante et ça crie. Les plans se succédent comme dans une grande rotative, rythme saccadé, accéléré, le monstre s’avance d’une manière presque messianique pour célébrer le triomphe final du paysan mystique sur le propriétaire terrien. Plus fougueux et brouillon mais avec la même rage au ventre et la même intransigeance que Cimino dans La porte du Paradis, lorsque Nate se retourne contre son employeur pour finalement se faire trucider par une armée entière : violence du combat et énormité de la cause, qui traverse les âges et résonne dans l’Histoire entière. Cette scène d’Antonio Das Mortes vaut déjà le prix de 3 places de cinéma et constitue une réponse à la question du début pourquoi diable aller voir un vieux film ?

On n’a certainement plus l’habitude de voir de tels films aussi lyriques et justes, pleins de démesure mais aussi de politique et de poésie.

Eté violent

Deuxième argument choc : Eté violent ! Dans l’Italie de 43, un jeune homme et une veuve s’éprennent passionnément l’un de l’autre. Comme dans La Fille à la valise (tourné 2 ans aprés), Zurlini prend un petit français - le jeune Trintignant - pour intérpréter son personnage principal, figure frêle et timide face à cette femme dans la fleur de l’âge, généreusement formée et belle à creuver. Alors que la chasse commence ! Après les introductions d’usage, ça s’approche, ça drague un peu, puis on se fait des bisous, etc. etc. Une scène, à peu près à ce moment-là, d’une élégance à couper le souffle : la bande de copains se retrouve dans un salon vide, à danser chacun de leur côté en couples. Les corps sont à peine distincts. La musique, l’obscurité, le temps qui semble s’être suspendu tant les corps paraissent figés : tout invite à l’aventure, aux petits gestes dissimulés et aux grandes effusions. Mais pour l’heure tout est dans l’air, rien ne se passe. On se contente de danser et d’imaginer, c’est tout. On joue même pas, on reste un peu planté là, comme paralysé par le désir. Un oeil à droite à gauche juste histoire de voir si le désir est derrière, s’il est encore là. On cherche des cibles, des promesses dans le regard de l’autre, ou des certitudes. La tension monte c’est forcé, et on se dit que ça n’est plus un drame, que c’est un film érotique habillé, tant la tension est grande et en même temps délicieuse. Film érotique j’assume, avec cette folie encore réprimée qui rôde dans les parages, ce désir brûlant qui se fait sentir dans la maladresse des corps et le vertige des regards. Erotisme c’est forcé, tant la passion est grande entre ce petit homme et cette madone. Qui ne se souvient pas de la Gertrud de Dreyer, brûlante elle aussi pour ce goujat d’Erland ? Et toujours cette tension : dépouillement du jeu / démesure des sentiments, qu’on retrouve dans cette séquence. Grande classe italienne, qui évidemment rappelle La Dolce Vita et ses corps aventureux dansants dans la pénombre, et surtout la très grande Notte avec ses corps las et immobiles, mais toujours animés prar un désir trouble.

Antonio das mortes

Oui plus j’y pense et je me dis qu’un film comme ça, qu’y revenir, que s’en nourrir, n’aide pas seulement à comprendre le cinéma d’aujourd’hui (prenez Montag par exemple), comprendre d’où il vient, mais aussi permet de découvrir des oeuvres plus fortes, paradoxalement plus fraîches, moins fragiles et calculées que celles d’aujourd’hui. Ce qui frappe dans les deux séquences d’Antonio et Eté violent, c’est leur force : elles se suffisent à elles-mêmes, elles s’imposent par leur beauté, leur lyrisme, leurs esprit. Ca n’est pas “Esprit es-tu là” genre qu’est-ce que ce film veut dire, où veut-il m’emmener, etc. (cf. pas mal de films aujourd’hui - exemple limite dans l’ordre du pire : le dernier Nicolas Garcia en train d’être remonté, comme si ça allait changer quelque chose !) c’est le film qui vous prend par la main et vous fait éprouver des sentiments, des idées qu’il rend tangibles et inspirants.

Les deux films sortent donc le 12 juillet

Matthieu

Infos sur Eté violent (crédits, photos, etc.)

Retrospective “Hommage à Glauber Rocha” (biographie, detail des sorties, analyse de son oeuvre, etc.)

[Critique] Old Joy de Kelly Reichardt - For Fans Only

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Actualités, Paris Cinema 2006, Forum des images, Old Joy, Kelly Reichardt - le 13 juillet 2006 à 20h08

Old Joy

Ceux qui n’ont jamais regardé et lu plusieurs fois (et fiévreusement) la photo et les notes de la pochette de l’album Spiderland de Slint, comme s’il s’agissait d’une vignette Panini, ne comprendront pas ce dont je vais parler. Je fais partie de ceux, et nous sommes plusieurs milliers, qui consacrent ou ont consacré une portion significative de leur vie et donc de leur argent à l’écoute de la musique, en l’occurrence celle de Will Oldham et de la scène musicale rock de Chicago. Ceux pour qui Papa M, Jim’O Rourke, John McEntire, Doug McCombs, David Pajo, Rob Mazurek, Palace Brothers, Palace Music, Bonnie ’Prince’ Billy, Chicago Underground Trio, Tortoise, Gastr del sol, Touch and Go Records, Thrill Jockey, Drag City sont des mots de passes. Ceux qui ont appris quelques mots d’anglais par les titres de leurs chansons et albums. Ceux qui pourraient danser à jeun et sans aucune autre substance sur nosferatu man de Slint. Ceux pour qui Joya, There’s no-one what will take care of you et Viva Last Blues ont été alternativement les meilleurs albums de Will Oldham. Ceux pour qui Tonight’s decision (and hereafter) a été et est la meilleure chanson de tous les temps : « Where are my friends ? Where is my family ? They are all gone away (…) And where are the days I used to be friendly ?» Ceux qui ont tenté de reconstituer la famille Oldham à partir des notes de pochettes des albums de Palace Brothers. Ceux qui ont tenté, quand internet n’existait pas encore vraiment, d’imaginer Will Oldham en chair et en os à partir de toutes les photos qu’on pouvait avoir de lui, ont découvert sa véritable passion pour le port du short et ont vu se stabiliser peu à peu sa démarche capillaire et pileuse (désormais il semble avoir opté définitivement pour la barbe). Ceux qui en apprenant que Will Oldham jouait dans un film se sont alors souvenu du morceau I am a cinematographer : « I am a cinematographer and I walk away from New-York City (…) and I walk away from California. Ceux qui, lorsque Will Oldham (plus exactement, Kurt, le nom de son personnage dans le film) raconte avoir vu au supermarché une femme indienne qu’il avait déjà vu en rêve, pensent à Get On Jolly cet album dont les textes sont tirés du Gitanjali de R. Tragore. Ceux pour qui le titre du film, Old Joy, sonne comme un titre d’album (Joya, Get on jolly). Ceux qui en voyant Will Oldham et son pote prendre un bain en pleine forêt dans une source chaude avec une baignoire taillée dans un tronc ont encore pensé à la photo prise par Will Oldham sur la pochette du premier album de Slint. Ceux qui en découvrant le ventre du chanteur gonflé par la bière ont vu en lui un compagnon de biture potentiel. Ceux qui lorsqu’ils voient Will Oldham s’amusant avec le chien du film pense à la chanson Come a little dog. Ceux qui quand ils voient la Volvo break rouler sur les routes montagneuses de l’Oregon bordées de sapins, pensent à la mystérieuse photo à l’arrière de la pochette de There’s no-one what will take care of you. Ceux qui ont alors pensé aux paroles de The Mountain Low : « If I could fuck a mountain low / I will fuck a mountain ». Ceux qui en voyant le feu de camp ont voulu murmurer You will miss me when I burn, et ont pensé aux paroles de Rider (« clouds and nebulae making noises / and constellations in erotic poises »). Ceux qui quand ils ont entraperçu le dealer prénommé Matt on cru qu’il s’agissait de Matt Sweeny. Ceux qui quand ils vont vu Will Oldham errer dans la nuit urbaine ont voulu réécouter I See Darkness. Ceux qui en voyant le film ont furtivement pensé à La Ballade de Bruno de Werner Herzog, ceux qui ont guetté les interventions musicales de Yo La Tengo et se sont sentis bien quand ils les ont entendus. Ceux qui ont écouté King me à quatre heure du matin en ne sachant toujours pas ce que « king me » voulait dire mis à part que ça rimait avec « baby », ceux qui dans un état d’ébriété avancé ont fait écouté King me à leurs amis volume à 20 (parce que cette chanson s’écoute à fond ou ne s’écoute pas). Ceux qui se sont réjoui de s’être fait largués parce qu’alors ils allaient pouvoir pleinement apprécier les paroles de You miss me when I burn : « When you have no-one, no-one can hurt you / In the corners, there is light that is good for you/ And behind you, I’ve warned you / There are awful things ».
Tous ceux-là comprendront le plaisir, forcément solitaire, que l’on ressent à la vision de Old Joy.

Nicolas Richard

[Critique] Pour aller au ciel il faut mourir, de Jamshed Usmonov

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Actualités, Festival de Cannes 2006, Critique, Compétition officielle Cannes 2006, Un Certain Regard 2006, Paris Cinema 2006, Jamshed Usmonov, Pour aller au ciel il faut mourir - le 11 juillet 2006 à 14h02

Il y a deux ans aux Rencontres, Koktebel, fort et âpre, avait séduit.

Pour aller au ciel il faut mourir part moins dans une stylisation, type Le Retour, mais déploie d’autres qualités, une absence d’effets, une économie de la parole, une simplicité du cadre, qui en font un film plaisant, à défaut d’être émouvant.

Pour aller au ciel il faut mourir

L’argument du film en vaut un autre : un jeune type n’arrive pas à coucher avec son épouse, il part en voyage pour trouver une autre partenaire sexuelle, en attendant. Les petits riens, gestes infimes, jeux de regard, font le succès - discret - du film. Lorsque le mec suit une femme dans un train, une femme qui lui plaît. Assis au bar, il ne la regarde plus, alors la femme le jauge d’un coup d’œil. Par des touches comme celles-ci, justes et minuscules, Usmonov gagne son film.

Pendant une surprenante demi-heure, on ne suit rien d’autre que les déambulations silencieuses du jeune héros qui cherche une femme. D’un cimetière à une salle de ping-pong, d’un tatami au ballet des autobus, la caméra suit ses attentes, ses espoirs et ses déceptions, autant de micro-évènements qui passionnent jusqu’à la rencontre avec Dinara Droukarova, qu’on a plaisir à retrouver ici.

Toutes les séquences avec le bandit virent au polar, instaurent quelque chose d’autre, un climat, un mystère, une tension. En soi c’est un peu faible, mais le parti-pris de mise en scène s’impose de lui-même et convainc finalement. La caméra, proche et secrète, épouse l’intériorité massive du héros, s’attache en gros plan et sans profondeur de champ à son visage granitique, comme lorsqu’il rebrousse chemin, on reste sur lui, et c’est le virage du bateau qui exprime le basculement de la scène. En fait, c’est la confiance que Djamshed Usmonov porte dans la grandeur du visage de son acteur qui lui fait réussir son film.

Mikael Gaudin-Lech

Sortie le 4 octobre 2006

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