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“Alors, qu’est-ce qu’il donne le nouveau James Bond ?”

Sous entendu : non pas le film (lot habituel de cascades, trahisons, sexe et champagne) mais la nouvelle figure donnĂ©e Ă  l’agent britannique, celle toute blonde et musclĂ©e de Daniel Craig, qui imprime une force brute sur cette sĂ©rie bien connue. Le Bond nouveau est devenu une sorte de puissance imparable qui fonce tĂŞte baissĂ©e dans les obstacles, prĂ©fĂ©rant user de ses poings plutĂ´t que de son fidèle silencieux. En choisissant un corps gonflĂ© Ă  la testostĂ©rone, les producteurs ont clairement voulu redistribuer les cartes et donner une nouvelle impulsion Ă  la sĂ©rie.

Ainsi, on retrouve 007 vierge de tout homicide dans un court prologue tournĂ© en noir et blanc. Ne vous inquiĂ©tez pas ; il ne va pas tarder Ă  dĂ©truire un illustre inconnu dans les toilettes (façon puzzle,) puis dĂ©zinguer un agent vĂ©reux de manière encore plus expĂ©ditive. Il gagne alors son entrĂ©e dans le club très sĂ©lect des “double zĂ©ro”. Ainsi adoubĂ©, James se permet ensuite de descendre un suspect non armĂ© et de faire sauter une ambassade. Pour lui apprendre la subtilitĂ©, on l’envoie en punition sur une nouvelle mission dans un casino au MontĂ©nĂ©gro. LĂ , il faudra ruser, bluffer, jouer aux cartes plutĂ´t que de jouer du parabellum. Manque de chance, l’agent s’emballe, enrage, mise le tapis et Ă  force d’impatience se trouve bien vite sur le carreau. Un plan Ă  hurler de rire le montre seul Ă  la table de jeu, après son Ă©limination, Ă©cĹ“urĂ© par sa nervositĂ© et son manque de perspicacitĂ©, comme un molosse dont le costume aurait Ă©tĂ© taillĂ© trop court. Heureusement, la splendide Vesper Lynd (Eva Green) est lĂ  pour le calmer, le sĂ©duire, et lui montrer comment faire fonctionner ses gadgets (de ce point de vue, on lui a d’ailleurs donnĂ© le strict minimum vital). Bond en tombe amoureux, et cette fois-ci c’est pour de vrai. Une love story naissante, mais…

Casino Royale est Ă  voir pour comprendre Ă  quel point la sĂ©rie repose sur le choix de l’acteur. Non sans humour, le film injecte une bonne dose de brutalitĂ© dans ce personnage d’habitude si guindĂ©. Si les pĂ©rĂ©grinations du hĂ©ros sont ici moins spectaculaires (un Ă©pisode moins casse-cou, plus brise-nuques), le film fait office de prĂ©sentation du “new guy in town”. Il va mĂŞme un peu plus loin en lui offrant un dĂ©but d’humanitĂ©, une excuse crĂ©dible pour son machisme Ă  venir, une romance limitĂ©e mais intĂ©ressante. Si Casino Royale fonctionne, c’est parce qu’il joue cartes sur tables et fait le choix de la mue. C’est toujours plaisant de voir un personnage endosser une nouvelle peau. Reste Ă  voir, maintenant, ce qu’il va bien pouvoir faire avec.

Victor Moisan

CASINO ROYALE

Durée : 2h18

Réalisation : Martin Campbell
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, Paul Haggis d’après l’oeuvre de Ian Fleming

Avec notamment : Eva Green, Daniel Craig, Mads Mikkelsen

Image : Phil Meheux
Son : Chris Munro
Compositeur : David Arnold
Chef décorateur: Peter Lamont
Costumière : Lindy Hemming& Dan Grace
Montage : Stuart Baird

Produit par Barbara Broccoli & Michael G. Wilson
Production : Sony Pictures Entertainment, MGM, United Artists
Distribution (France) : Gaumont Columbia Tristars

Attachée de presse : Anne Lara

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