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Il y a un malentendu autour du film. Lucas Belveaux l’a écrit et réalisé, mais il s’est aussi donné le premier rôle, bien que l’affiche et le générique mettent plus en avant Natacha Régnier et Eric Caravaca. Petite supercherie sur laquelle il faut passer, le personnage joué par Belvaux ouvrant et fermant son film.

La dernière demie-heure en présente son agonie, interminable, et dévoile la véritable visée du film : un sujet « à thème », du cinéma social si l’on veut, qui est en fait un écrin pour son acteur-cinéaste. Cette conclusion, complaisante, vient en partie gâter la bonne impression générale laissée par le film. Surtout, elle met en doute la pertinence de la narration éclatée, mode sous lequel se déroule le film. A la fin, ces personnages, on s’en fiche un peu- si ce n’est Caravaca, vrai spécimen sociologique, mais pour le coup touchant. Pourtant, il y a quelque chose, peut-être dans le Scope qui prend bien, le rythme jazz nonchalant, la façon de cadrer cette ville de l’intérieur, d’en capter l’âme, le cœur (Dumont le fait, aussi, mais mieux).

Probable que ce soit insuffisant pour captiver vraiment. Mais le choix que fait Belvaux de tourner un polar est plaisant. La mécanique, nette, précise. Trop : vers la fin, le temps est long. Il manque cette sauvagerie, cette brutalité, bref cette folie qui aurait pu transformer le calme plat du film en passions, l’apathie de cette histoire en intensité. Et puis le titre, bien entendu, nous remet Fassbinder en tête, et soudain Belvaux, juste mais sage, perd en crédibilité. Il aurait fallu plus de mélodrame et de chair pour que son film nous agrippe vraiment.

Mikael Gaudin-Lech

Un commentaire pour “[Critique] La Raison du plus faible, de Lucas Belvaux”

  • BenoĂ®t dit :

    Ecrit le 20 juillet 2006 à 13:32

    Oui, je fais un peu la mĂŞme analyse du film, Ă  ceci prĂŞt que cela ne me dĂ©range pas que Belvaux se soit appropriĂ© le rĂ´le principal, il est plutĂ´t bon dans ce rĂ´le d’Ă©corchĂ© vif et dĂ©sabusĂ©. Le problème est la structure mĂŞme du film, qui mĂŞle sans y croire vĂ©ritablement les genres, ce qui donne au final un goulash assez indigeste : on passe de la comĂ©die sociale Ă  la Full Monthy (en moins drĂ´le, c’est-Ă -dire en moins anglais !) au polar, avec tous les codes dans lesquels Belvaux s’embourbe un peu (les prĂ©paratifs du casse, le minutage, mon dieu, quel ennui…). Et puis, mince, qu’est-ce que c’est que ce personnage jouĂ© (très bien d’ailleurs) par Eric Carravaca ? Ok, on sait que dans le Nord, c’est pas tout le temps fun, que le chĂ´mage sĂ©vit durement (mais est-ce moins difficile d’ĂŞtre chĂ´meur dans le sud ou en Auvergne ?), que des jeunes gens sur-diplĂ´mĂ©s occupent des emplois subalternes, mais pourquoi Belvaux se sent-il obligĂ© d’appuyer le trait par ce personnage censĂ© poĂ©tiser le drame nordiste ? La rĂ©alitĂ© est incontestable, pourquoi enfoncer le clou parfois naivement ?(les dialogues du style tombent souvent Ă  cĂ´tĂ©, entre autres dans les Ă©changes entre Carravaca et son fils, et quant Ă  Natacha RĂ©gnier, elle est convaincante mais son rĂ´le est tout Ă  fait anecdotique, dommage). Rien Ă  redire, par contre, sur le duo Patrick Descamps/Claude Semal (les deux accolytes), deux vrais personnages incarnĂ©s, qui portent en eux beaucoup de la douleur du film, tout en creux, en pleins et dĂ©liĂ©s).
    Bref, un film bancal, un peu sauvé par une fin spectaculaire mais elle-même trop attendue.
    Benoît Hické

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