Accueil Vidéos Critiques À propos Contacts english
Forum Moblog

Hier soir j’ai vu Montag d’Ulrich Köhler et je vous propose de suivre ici en vidéo le débat qui a suivi sa projection dans le cadre du Festival Paris Cinéma.

J’ai aimé Montag, j’ai même voulu l’aimer. D’abord pour son silence et la grande économie qu’il fait à la fois des dialogues et de la musique, toujours utilisée avec parcimonie. Ensuite pour son corps, je veux dire pour l’épaisseur de ses couleurs, l’immanence de ses personnages, l’impénétrabilité de ses obscurités et de ses brumes. Ulrich Köhler inscrit chacun de ses plans dans un lieu, un temps, une humeur qui échappent constamment à la narration et invitent à la digression : dans le noir on se demande, où va-t-elle ? Que pense-t-elle ? On erre aussi. Mais on se dit c’est beau, que l’errance de cette femme - même si elle n’est pas neuve et hante toute l’histoire du cinéma moderne - cette errance-là est belle. Mieux, on la comprend. Peut-être parce qu’on est européen, et qu’on a la tête remplie de ces films où les personnages sous-jouent leur mal-être, sourient du bout des lèvres et toujours achoppent dans leur histoire sur un irrémédiable échec. De La Notte à Ascenseur pour l’échaffaud (toujours Jeanne Moreau). Mais surtout La Notte, pour son sens du silence saturé et son amour des lieux habités : forêts ou building, building dans la forêt. La bonne synthèse. Dans Montag la caméra coule avec pas mal de classe, traîne sa mélancolie sourde en l’enrobant de couleurs, de petits airs méchants, de blagues et de frustrations. Et rien ne transpire l’effort, l’intention, ni même la construction (indice 1 - au moins une chose qui sépare cette prétendue nouvelle vague allemande d’un certain cinéma français).

C’est qu’il n’est pas possible de faire un tel film sans faire montre d’un grand style. Il ne suffit pas (indice 2 pour un cinéma allemand) de reprendre les mêmes ingrédients (la jeune famille bourgeoise, du doute et de l’adultère) pour forcément faire un bon film, subtil et comme on dit enlevé. ll faut inspirer. C’est simple dit comme ça, et il faut se creuser la tête pour savoir exactement pourquoi on veut aimer le film, pourquoi il nous touche finalement au-delà de ses imperfections. Moi je ne sais pas, je tente l’inventaire, histoire de faire le point :

1. Les séquences du début dans l’obscurité : la femme quitte le domicile conjugal et s’en va récupérer sa fille chez les grands-parents. Mais elle n’y va pas, elle s’arrête devant puis poursuit sa route. Tout ça dans le noir. Si bien qu’on est un peu perdu, mais que cette perte n’a rien d’inquiétant. C’est une pause mais pas un temps mort. On entre de plein pied dans la matière du film, qui s’amuse comme ça à nous balader et nous laisser sans repère. Ce qui arrange bien et donne au film un côté non pas mystérieux mais intime. Et là dans cette obscurité, on est bien…

2. Cet hôtel perdu dans la forêt offre un huis clos idéal à l’errance nocturne de l’héroïne égarée. Dès le premier plan, le bâtiment apparaît comme s’il s’agissait d’un personnage à part entière. Elle prend le téléphérique, jette un coup d’oeil sur sa gauche, et l’hôtel est là. Il la regarde. Il l’attend. Elle va le rejoindre c’est sûr, juste le temps d’arriver en haut et de redescendre en vélo, pas même le temps d’un plan à vrai dire, car l’instant d’après elle est au pied de l’hôtel, elle s’avance déjà vers lui.

3. Alors l’hôtel. Instant de grâce. Pas mal de scènes véritablement improbables. Encore La Notte qui plane, habits de soirées, alcools, piscine, des hôtes qu’on achète, des rencontres dans les couloirs et les chambres, bref une belle dose d’aventure. Au milieu de tout ça, un peu comme Arno dans Komma, Ili Nastase qu’on attendait pas là. Qui fait sa demo de tennis, et puis le vieux charmeur désabusé. C’est cette stratégie du détournement permanent qui séduit, toutes ces scènes improbables qui sont autant d’accidents de scénario savamment distillés. Petits et savoureux.

Aller c’est le grand reproche que je veux faire au film. La recette de l’achoppement, ou faire en sorte qu’à chaque fois l’histoire entre les personnages n’aille jamais au bout, soit déjà compromise avant même d’être commencée. Comme si cela ne valait pas la peine. C’est tellement systématique que ça tient de la recette, et à cet égard pour moi la dernière scène est de trop. On se dira génial la dernière scène – et d’ailleurs ça s’est dit, c’est fin et tout, je ne sais pas trop quoi d’autre. Mais non, c’est facile, facile de faire des trucs mous comme ça. De faire du coup un film bien tenu, ayant une belle gueule et un vrai caractère, mais d’un autre côté un peu mou. Bon je sais le film-symptôme, comme on faisait des films symptômes dans les années 60, un film malade sur une maladie contemporaine, douce, mélancolique, faite d’impuissance et de doute (Lost in translation en tête de gondole). Mais on peut dire aussi : film convenu, fait de ce qui traîne autour. Facile de dire ça mais c’est une impression qu’on a avec ces films allemands, tant ils se ressemblent finalement. Le sexe consommé, les petites tromperies, les grands doutes, les sacrifices, le renoncement, tout ça dans des huis clos, à la maison ou l’hôtel. On couche et découche, mais on pleure jamais. Pour ça il y a le silence, c’est plus poli et moins gênant.
Matthieu

Critique (Arte)

Festival de La Rochelle ; Paris cinéma

Les films allemands à Cannes

Les films allemands aux Rencontres du cinéma

Le printemps allemand vu par les Cahiers

Un commentaire pour “[Vidéo & Critique] Montag, d’Ulrich Köhler : leçon de style”

  • Cinelogs » Blog Archive » [Critique] Deux sorties de la semaine : Antonio Das Mortes, de Glauber Rocha et Eté violent, de Valerio Zurlini dit :

    Ecrit le 16 juillet 2006 à 17:52

    […] Oui plus j’y pense et je me dis qu’un film comme ça, qu’y revenir, que s’en nourrir, n’aide pas seulement à comprendre le cinéma d’aujourd’hui (prenez Montag par exemple), comprendre d’où il vient, mais aussi permet de découvrir des oeuvres plus fortes, paradoxalement plus fraîches, moins fragiles et calculées que celles d’aujourd’hui. Ce qui frappe dans les deux séquences d’Antonio et Eté violent, c’est leur force : elles se suffisent à elles-mêmes, elles s’imposent par leur beauté, leur lyrisme, leurs esprit. Ca n’est pas “Esprit es-tu là” genre qu’est-ce que ce film veut dire, où veut-il m’emmener, etc. (cf. pas mal de films aujourd’hui - exemple limite dans l’ordre du pire : le dernier Nicolas Garcia en train d’être remonté, comme si ça allait changer quelque chose !) c’est le film qui vous prend par la main et vous fait sentir des sentiments, des idées qu’il rend tangibles et inspirants. […]

Laissez un commentaire

Parrainage :

Horrific XSLT error - wikio_cannes returned empty - verify /home/.cudbear/kdrouvin/www/fr/wp-content/in_wikio_cannes.xml is a valid XML file and check logs.
-->