Rétrospective Godard - Les enfants jouent à la Russie
ActualitĂ©s, Beaubourg, Jean-Luc Godard - le 12 juin 2006 à 00h12
Ça devait ĂŞtre dans 2 ou 3 choses que je sais d’elle, un plan fixe de banlieue, ou plus prĂ©cisĂ©ment un arbre de banlieue, Ă proximitĂ© d’une station-service. LĂ , Godard commence Ă parler en des termes très simples de son rapport au cinĂ©ma. Ă€ ce moment prĂ©cis, le film digresse du cĂ´tĂ© de la confession et prend le tour d’un touchant aveu. Aucun effet d’annonce, pas de discours ni de manifeste, seulement une profession de foi en acte. En offrant dans le mĂŞme temps une image et ce qui se tient derrière - l’amour, la foi en elle, Godard se livre tout entier dans le film, lui donne sa voix, et ainsi corps.
Après il y a 15 ou 20 ans plus tard les films-collages qui agrĂ©gent et superposent images, voix et musiques. Une voix toujours aussi sincère, grave ou joueuse, mais qui emprunte des sentiers plus sinueux, moins directs. On parle beaucoup dans Les enfants jouent Ă la Russie, mais le but de ce raffut est finalement de crĂ©er un grand drame, une impression de grand drame, aggravĂ©e par une musique trop mĂ©lancolique pour ĂŞtre vĂ©ritablement honnĂŞte. Beaucoup d’effets dans Les enfants jouent Ă la Russie, de tĂŞtes, de mots, d’images glanĂ©es ici et lĂ , de livres, d’idĂ©es a peine esquissĂ©es surtout. Deux ou trois idĂ©es fixes : l’image comme rĂ©alitĂ© et/ou fiction, oĂą situer par rapport Ă l’image ? A quoi jouent les russes ? Le film abonde aussi de jeunes comĂ©diens inexistants qui disent des textes qui les dĂ©passent. Des corps pour rien, pour rĂ©vĂ©ler les intentions de mise en scène, faire parler le texte. Mais le texte est trop court, trop fragmentĂ© pour vraiment (nous) parler.
J’ai perdu la voix de 2 ou 3 choses, j’ai perdu ce sens de l’aventure, ce sens de l’abandon. Avec la vidĂ©o, Godard s’est trouvĂ© une forme, une grammaire de formes faite de collages, citations, et musiques. Une forme dont il ne sort pas, qui sans cesse aspire Ă s’enrichir, Ă embrasser tous ses possibles, mais qui du coup ne fait qu’aspirer, et n’est jamais qu’une tentative de film, un film jamais terminĂ©, balbutiant et comme d’emblĂ©e castrĂ©.
En se rendant chez le maĂ®tre et en observant sa bibliothèque un ami me disait qu’il s’y trouvait des ouvrages bien communs, des ouvrages de bon ton, Les impressionnistes, Picasso etc. Empilement de bouquins « comme il faut »…
Je sais que Godard parle franchement, que ses vidĂ©os renferment encore de belles fulgurances, mais dans cette forme Ă©clatĂ©e je vois de plus en plus une recette bien commode pour dire tout et rien, noyer le poisson, bluffer le monde. J’ai l’impression que Godard a perdu le sens du risque. Il se compromet moins dans la parole et ne se livre plus. Ses films sont moins incarnĂ©s et plus mous. C’est une oeuvre Ă©parpillĂ©e qui parle dans le vent et pousse par instants d’imperceptibles cris.
Un oeuvre qui figure la ruine de l’art cinématographique comme le suggère Dominique Paini (cf. le catalogue) ? Et alors, qui se soucie de savoir si le cinéma est mort ou en ruine ? Qui se soucie de savoir à quoi ressemblent ces ruines. Ne le sait-on pas déjà trop ? Et qui dans l’histoire peut bien être le véritable idiot ? Celui qui engendre ces ruines, ou celui qui les célèbre ? Depuis Duchamp et les prémisses de la modernité dans l’art, c’est toujours la même question qu’on pose : qui dans l’affaire est l’idiot ? Mais il n’y a pas d’idiot, pas d’idiotie. Il y a une œuvre qui nous regarde ou pas. Il y a une voix – non pas qui se parle à elle-même, qui mais nous parle et nous fait parler, qui crée autrement dit une rencontre, un dialogue. Ça paraît élémentaire comme ça, mais le regard, le corps, la voix demeurent toujours de bonnes pierres de touche en matière de rencontres.
Matthieu
A Beaubourg : La rĂ©trospective Godard ; L’exposition godard : “voyage(s) en utopie, Jean-Luc Godard, 1946-2006
[VidĂ©o] Entretien avec Jean-Charles Fitoussi Ă l’occasion de la projection de son dernier film Ă la CinĂ©mathèque 2/4
ActualitĂ©s, Interview, RĂ©alisateur, Film de poche, VidĂ©o, InĂ©dit, Nocturnes pour le roi de Rome, Jean-Charles Fitoussi - le 11 juin 2006 à 17h05
Nocturnes pour le roi de Rome a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du festival Pocket films avec un Nokia 6630. Il s’agit du premier long-mĂ©trage rĂ©alisĂ© avec un tĂ©lĂ©phone portable.
Auteur de plusieurs courts-mĂ©trages, notamment Le Dieu Saturne et d’un long-mĂ©trage remarquĂ© Les jours oĂą je n’existe pas, Jean-Charles Fitoussi signe avec Nocturnes son premier film en vidĂ©o. Il revient dans cet entretien sur les particularitĂ©s de l’image obtenue avec le tĂ©lĂ©phone mobile, sur ses paradoxes et ce qu’elle induit en terme de mĂ©thode de crĂ©ation et de production.
Au fil du dialogue s’esquisse la possibilitĂ© de faire des films autrement, sans plans prĂ©-Ă©tablis et pour tout dire avec les moyens du bord. Mais des films qui tiennent le coup, qui comme celui de Jean-Charles Fitoussi attestent d’une rĂ©elle ambition et d’un rĂ©el appĂ©tit pour ces images brutes et primitives. Ce film montre la voie, tout simplement. C’est la raison pour laquelle il nous paraĂ®t utile de revenir sur lui, sur son histoire et ses conditions de crĂ©ation, de manière Ă mieux cerner les possibilitĂ©s d’un cinĂ©ma de poche. Pas un cinĂ©ma gadget mais un cinĂ©ma bricolĂ©, improvisĂ© du dĂ©but Ă la fin, avec des images du quotidien et de l’intime, des images proches, Ă portĂ©e de la main ou plutĂ´t engendrĂ©es par et dans la main. C’est le retour au geste initial, Ă l’immĂ©diatetĂ© du mouvement de la main et de l’oeil. La main de l’oeil, c’est ça l’idĂ©e.
Matthieu
NOCTURNES POUR LE ROI DE ROME de Jean-Charles Fitoussi (1h17)
lundi 12 juin à 19h30 salle Franju, Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, Paris 12
SYNOPSIS : Un vieux compositeur allemand est reçu à Rome, appelé par le roi pour lui composer huit nocturnes. Mais le souvenir de sa femme morte dans cette ville des années auparavant, auquel s’ajoutent les fantômes de la guerre pendant laquelle il naquit, l’empêchent de composer quoi que soit. Il voit maintenant que la Ville éternelle aura été sa dernière destination sur cette terre, le visage de sa femme bien-aimée et la musique de Mozart, les dernières joies de sa vie - qu’il a tant aimée malgré les intempéries.
Les critiques :
Le Monde ; Variety ; Fluctuat ; Films de poche ; Cinelogs ; Cinelogs (anglais)
Retrouvez le programme de la retrospective des films de la Semaine de la critique
Et toutes les interviews, vidéos et articles consacrés à Jean-Charles Fitoussi sur Cinelogs
Soirée de clôture du Festival du film romantique de Cabourg
ActualitĂ©s, Festival du film romantique 2006, Sergio Machado, Bahia ville basse - le 11 juin 2006 à 16h04
Hier Ă Cabourg, Cinelogs a pu assister Ă la soirĂ©e de clĂ´ture du Festival du film romantique parrainĂ©e par le groupe Partouche. Le Festival du film romantique fĂŞtait cette annĂ©e sa vingtième Ă©dition sous la prĂ©sidence d’Emmanuelle BĂ©art, Sandrine Bonnaire et Guillaume Laurent ; son initiateur, Gonzague Saint-Bris rappelait Ă cette occasion les mots de Charles Baudelaire : ” Qui dit romantisme dit art moderne” (1).
Un film a particulièrement Ă©tĂ© primĂ©, Bahia, ville basse, de Sergio Machado, recevant Ă la fois le Grand Prix et le prix de la jeunesse. Enfin, tous les festivaliers ont applaudi avec Ă©motion l’engagement et le professionnalisme de la dĂ©lĂ©guĂ©e gĂ©nĂ©rale du Festival, Suzel Pietri, qui recevait la mĂ©daille d’or de la ville.
Lors de la cĂ©rĂ©monie de clĂ´ture, on a pu remarquer une proposition recueillant peu de suffrages, rĂ©currente certes mais juste et sympathique, celle de Jacques Gamblin, de festivals sans prix, puis l’allocation engagĂ©e de la reprĂ©sentante de l’Adami en faveur de la redevance pour copie privĂ©e, la nonchalance amusĂ©e de Thierry Lhermitte Ă l’heure de la remise des prix, le visage rayonnant de Michel Blanc recevant le Swann d’or du meilleur acteur et les remerciements candides de CĂ©cile de France, Swann d’or de la meilleure actrice.
Le palmarès complet :
- Swann d’or de la meilleure actrice : CĂ©cile de France.
- Swann d’or du meilleur acteur : Michel Blanc
- Swann d’or de la rĂ©vĂ©lation fĂ©minine : Anna Mouglalis
- Swann d’or de la rĂ©vĂ©lation masculine : Lorant Deutsch
Dans la section longs-métrages internationaux :
- Grand Prix du festival : Bahia, ville basse de Sergio Machado
- Mention spéciale du Jury : Echo Park, L.A. de Richard Glatzer et Wash Westmoreland.
- Prix du jury Jeunesse : Bahia, ville basse de Sergio Machado
- Mention spĂ©ciale du jury Jeunesse : L’Immeuble Yacoubian de Marwan Hamed
Dans la sélection long-métrage :
- Mention spéciale du jury : Des putes dans les arbres de Emmanuelle Huchet
- Meilleur réalisateur : Fais des beaux rêves de Maryline Canto
- Meilleure actrice : Thérèse Rouusel pour Bea de Romuald Beugnon
- Meilleur acteur : Aymeric Cormerais pour Bea de Romuald beugnon
Jean-Jacques
(1) La citation complète de Charles Baudelaire, extraite des Salons et du chapitre “Qu’est-ce que le romantisme ?” est : “Qui dit romantisme dit art moderne - c’est-Ă -dire intimitĂ©, spiritualitĂ©, couleur, aspiration vers l’infini, exprimĂ©es par tous les moyens que contiennent les arts.”
[Vidéo] Sam Karmann à Talents Cannes 2006
Interview, RĂ©alisateur, VidĂ©o, Adami, Talents Cannes 2006, Sam Karmann - le 11 juin 2006 à 14h02
Sam Karmann est connu comme comĂ©dien (au cinĂ©ma comme Ă la tĂ©lĂ©vision) mais Sam Karmann est Ă©galement le rĂ©alisateur de deux films subtils et poĂ©tiques, “Kennedy et moi” et “A la petite semaine”.
Ici interviewĂ© dans le cadre de l’opĂ©ration Talents Cannes de l’Adami, pour laquelle il a rĂ©alisĂ© un court mĂ©trage, Sam Karmann nous parle plus prĂ©cisĂ©ment des critères sur lesquels il s’appuie pour juger les comĂ©diens qui lui sont proposĂ©s.
Le site internet de Talents Cannes.
Le site internet de l’Adami.
[VidĂ©o] Entretien avec Jean-Charles Fitoussi Ă l’occasion de la projection de son dernier film Ă la CinĂ©mathèque 1/4
ActualitĂ©s, Interview, Festival de Cannes 2006, RĂ©alisateur, Critique, Film de poche, VidĂ©o, InĂ©dit, Nocturnes pour le roi de Rome, Jean-Charles Fitoussi - le 10 juin 2006 à 21h09
Nocturnes pour le roi de Rome a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre du festival Pocket films avec un Nokia 6630. Il s’agit du premier long-mĂ©trage rĂ©alisĂ© avec un tĂ©lĂ©phone portable.
Auteur de plusieurs courts-mĂ©trages, notamment Le Dieu Saturne et d’un long-mĂ©trage remarquĂ© Les jours oĂą je n’existe pas, Jean-Charles Fitoussi signe avec Nocturnes son premier film en vidĂ©o. Il revient dans cet entretien sur les particularitĂ©s de l’image obtenue avec le tĂ©lĂ©phone mobile, sur ses paradoxes et ce qu’elle induit en terme de mĂ©thode de crĂ©ation et de production.
Au fil du dialogue s’esquisse la possibilitĂ© de faire des films autrement, sans plans prĂ©-Ă©tablis et pour tout dire avec les moyens du bord. Mais des films qui tiennent le coup, qui comme celui de Jean-Charles Fitoussi attestent d’une rĂ©elle ambition et d’un rĂ©el appĂ©tit pour ces images brutes et primitives. Ce film montre la voie, tout simplement. C’est la raison pour laquelle il nous paraĂ®t utile de revenir sur lui, sur son histoire et ses conditions de crĂ©ation, de manière Ă mieux cerner les possibilitĂ©s d’un cinĂ©ma de poche. Pas un cinĂ©ma gadget mais un cinĂ©ma bricolĂ©, improvisĂ© du dĂ©but Ă la fin, avec des images du quotidien et de l’intime, des images proches, Ă portĂ©e de la main ou plutĂ´t engendrĂ©es par et dans la main. C’est le retour au geste initial, Ă l’immĂ©diatetĂ© du mouvement de la main et de l’oeil. La main de l’oeil, c’est ça l’idĂ©e.
Matthieu
NOCTURNES POUR LE ROI DE ROME de Jean-Charles Fitoussi (1h17)
lundi 12 juin à 19h30 salle Franju, Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, Paris 12
SYNOPSIS : Un vieux compositeur allemand est reçu à Rome, appelé par le roi pour lui composer huit nocturnes. Mais le souvenir de sa femme morte dans cette ville des années auparavant, auquel s’ajoutent les fantômes de la guerre pendant laquelle il naquit, l’empêchent de composer quoi que soit. Il voit maintenant que la Ville éternelle aura été sa dernière destination sur cette terre, le visage de sa femme bien-aimée et la musique de Mozart, les dernières joies de sa vie - qu’il a tant aimée malgré les intempéries.
Les critiques :
Le Monde ; Variety ; Fluctuat ; Films de poche ; Cinelogs ; Cinelogs (anglais)
Retrouvez le programme de la retrospective des films de la Semaine de la critique
…et toutes les interviews, vidĂ©os et articles consacrĂ©s Ă Jean-Charles Fitoussi sur Cinelogs.
[Vidéo] Présentation de Talents Cannes 2006 et rencontre avec Djédjé Apali
Interview, Festival de Cannes 2006, VidĂ©o, InĂ©dit, Adami, Talents Cannes 2006 - le 9 juin 2006 à 12h12
[Vidéo] Interview avec Manuel Lobo de Mesquita pour son rôle dans Rapace (1/2)
Interview, Festival de Cannes 2006, VidĂ©o, Quinzaine des RĂ©alisateurs Cannes 2006, InĂ©dit, Manuel Lobo de Mesquita - le 8 juin 2006 à 13h01
Première partie de la rencontre avec Manuel Lobo de Mesquita, un des rĂ´les principaux de “Rapace”, court mĂ©trage très remarquĂ© dans la sĂ©lection de la Quinzaine des RĂ©alisateurs.
Rapace a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Joao Nicolau, que nous avons Ă©galement interviewĂ© Ă Cannes ; l’interview est ici.
[Vidéo] Joao Nicolau pour Rapace
Interview, Festival de Cannes 2006, RĂ©alisateur, VidĂ©o, Quinzaine des RĂ©alisateurs Cannes 2006, InĂ©dit - le 2 juin 2006 à 11h11
Voici en exclusivitĂ© pour Cinelogs, une longue interview avec un jeune rĂ©alisateur, Joao Nicolau, dont le court mĂ©trage Rapace, prĂ©sentĂ© dans le cadre de la Quinzaine des RĂ©alisateurs, a Ă©tĂ© très remarquĂ© Ă Cannes, l’occasion d’aborder Ă la fois les thèmes dĂ©veloppĂ©s dans ce court mĂ©trage mais aussi, plus gĂ©nĂ©ralement, la difficultĂ© de transformer une passion, une exigence, celle d’ĂŞtre un jeune rĂ©alisateur, et les nĂ©cessitĂ©s d’une vie matĂ©rielle.
Synopsis de Rapace
Après avoir obtenu son diplĂ´me de maĂ®trise, Hugo se repose la tĂŞte d’avoir lu sans relâche des textes d’auteurs inconnus. Sa seule compagnie est Luisa, la femme de mĂ©nage, avec qui il joue au chat et Ă la souris. Pour Ă©viter de se ramollir, Hugo exerce sa veine lyrique en Ă©crivant avec son ami Manuel des chansons sur leur voisinage. Leur dilettantisme tranquille est perturbĂ© par Catarina, une jeune et belle traductrice qui se lance dans la vie professionnelle en free-lance. Hugo est mordu et tremblant. Haut dans le ciel, un faucon crĂ©cerelle plane. Ce n’est pas le seul rapace Ă savoir le faire.
Parrainage :
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