Présenté dans le cadre des Rencontres du cinéma - la compétition officielle de Paris Cinema, Sehnsucht, deuxième film de Valeska Grisbach, retrace les aventures d’un homme tiraillé entre sa femme et son amante. Ce qui peut paraître bête, dit comme ça…
Toute la subtilité du film réside dans son traitement, dans la manière douce et généreuse avec laquelle est, par exemple, filmée la rencontre avec l’amante ; car ce qui n’était qu’un vulgaire adultère de campagne se transforme en une jolie rencontre où deux personnes se découvrent, sont fascinées l’une par l’autre, comme si c’était la première fois. Et Dieu sait qu’il est difficile de filmer des premières fois, parce qu’il y a le souvenir, parce qu’il est plus grand que l’image.
Autre morceau de bravoure : filmer la confiance. Celle qui se donne, qui se cherche dans le regard de l’autre, se réclame ou se perd. Tout ça dans un regard qui varie selon les cas, change imperceptiblement d’air ou de destination. Il s’ancre dans celui de l’autre ou plonge dans le vide. Le film parle de toutes ces petites choses d’une façon attentive et, je le répète ! douce. L’on ne s’attend pas au début à tant de douceur de la part de ce film brut, rêche, presque naturaliste. Un Bruno Dumont en douceur, moins implacable et plus attentif. Ici on va écouter, pas illustrer, on va regarder comment les corps réagissent, comment ils hésitent, ce qui requiert non seulement de l’observation mais aussi une belle empathie. C’est certainement ça la pâte de ces nouveaux réalisateurs allemands : un regard précis, presque scientifique, servi par une forme maîtrisée et une photo souvent froide. Sehnsucht prend le meilleur de cette tendance, sans pour autant verser dans le film tiède et habile. La mélancolie qui plane sur tout le film est tout sauf tiède. Elle est dure et tendre à la fois, pas trop complaisante, bref agréable et inspirante.
Critique (Arte)
Festival des Rencontres / Paris Cinema ; Festival de Brussel ; Festival de Berlin (pdf)


