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Le Festival de Cannes ne doit pas nĂ©cessairement ĂȘtre vĂ©cu comme un marathon, mĂȘme s’il l’est dans la plupart des cas. Qu’il s’agisse du marchĂ© ou du festival proprement dit, c’est toujours la course aux rendez-vous, aux fĂȘtes, aux films. Mais une course d’obstacles, oĂč chaque entrĂ©e est gardĂ©e et la moindre minute prĂ©cieuse et pas facilement cĂ©dĂ©e.

J’ai cette annĂ©e Ă©normĂ©ment couru Ă  Cannes. Mais ce que je retiens le plus, ce sont les temps morts, les pauses. DĂ©couvertes de films, rencontres, moments volĂ©s, c’est de cela dont est vraiment fait Cannes. Dans la course au temps, les seuls moments qui valent vraiment la peine se crĂ©ent quand cette course dĂ©raille, s’arrĂȘte ou se suspend.

Deux ou trois jours aprĂ©s ĂȘtre arrivĂ© Ă  Cannes, j’en avais dĂ©jĂ  marre. Trop de soleil, trop de gens, trop de trucs Ă  faire. Et puis j’ai vu Summer Palace, et puis j’ai su pourquoi j’Ă©tais lĂ . C’est sans doute bĂȘte Ă  dire, mais ce retour aux films est essentiel pour accepter et devrais-je dire encaisser tout ce que nous force Ă  ingurgiter Cannes. Summer Palace est l’un des plus beaux films que j’ai vu Ă  Cannes, tout en sachant il est vrai que je n’en ai pas vu beaucoup. Un tel film sauve la mise, permet de retrouver le chemin d’un cinĂ©ma direct, inventif, sincĂšre et sans concession.

Il sauve la mise, car Ă  cĂŽtĂ© rĂ©sident des films comme 2:37 am prĂ©sentĂ© Ă  Un certain regard. Un film tout entier dĂ©clinĂ© Ă  partir de l’Elephant de Gus Van Sant, qui n’hĂ©site pas Ă  reproduire les plans presque Ă  l’identique, Ă  reprendre les mĂȘmes personnages avec leurs problĂšmes et leurs tics, Ă  cĂ©der enfin Ă  cette tentation si commune chez les jeunes rĂ©alisateurs de provoquer Ă  tout prix, si possible Ă  la fin pour qu’elle fasse son effet. Cette scĂšne finale, oĂč l’on voit une fille se couper les veines et se vider peu Ă  peu de son sang est insupportable non pas parce qu’elle est dure, mais parce qu’elle clĂŽt un film tout entier conçu sous le signe de l’esbrouffe et de la malhonnĂȘtetĂ©. Et lorsqu’on voit le rĂ©alisateur de ce triste film descendre les marches accompagnĂ© de son Ă©quipe - fier comme un paon - et tous affublĂ©s d’un Tshirt au dos du duquel en plus de la palme d’or est inscrit ” Do you know who is Murali K. Thalluri ?”, on se dit que la coupe est pleine, qu’autant d’autosatisfaction est proprement Ă©coeurant. Le festival c’est ça aussi, une sĂ©lĂ©ction qu’on ne comprend pas, des films qui ne sont pas aimĂ©s (comme Le mĂ©diocre Californie de Fieschi, ou encore Southland Tales, ridicule) et qui se retrouvent nĂ©anmoins programmĂ©s. Par on ne sait quelle nĂ©cĂ©ssitĂ©, on ne sait quelle magie.

Et puis les rencontres. Notamment celle de l’Ă©quipe de Sohnos de Peixe, un film superbe dont vous avez peut-ĂȘtre pu lire la critique sur Cinelogs. Une famille forte et soudĂ©e, animĂ©e par l’extraodinaire energie de Kirill, Nanda, Yasha, ZĂ© Maria, Felipe et tant d’autres. C’est dans ces moments oĂč l’on se dit que le cinĂ©ma en effet n’est pas un moment mais au contraire, loin des salles de projections et des festivals, une communautĂ©, un mode de vie, la vie tout court. Summer Palace ou la famille Sohnos rappellent que comme le disait Artaud, l’art et la vie sont une seule et mĂȘme chose. Et on ne se sent jamais autant vivre que dans ces rares instants oĂč l’on crĂ©e sa vie, oĂč l’on vit dans la crĂ©ation.

Sonhos

A bientĂŽt sur Cinelogs,

Matthieu

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