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Il est peu de films où l’on se sent comme chez soi, qui ménagent au regard un espace fait d’évasion et surtout d’intimité. Sonhos de Peixe compte parmi ces films et invite au partage d’un songe poétique et sensuel. Conçu comme un chant de visions éparpillées, le film entremêle paroles et fragments d’images saisis çà et là, de manière libre et entièrement détachée. Comme dans un songe, rien n’est vraiment synchrone. La parole vagabonde dans l’image sans qu’il soit nécessaire d’identifier son origine, tandis que l’image se déroule comme détachée du reste. Parfois la parole cède le pas au silence, qui s’impose par moments pour marquer un suspend, instituer une parenthèse. Souvent précédé d’un fracas, ce silence inaugure le passage à une autre expérience de l’image, contemplative et patiente. Loin d’être conçue comme une rupture dans le ballet perpétuel de sons et images, l’irruption du silence dans le champ semble contre toute attente aller de soi. C’est cette puissance d’évidence qui frappe, à la fois l’originalité et la subtilité d’un montage qui parle une langue intérieure, simple et, pourrait-on dire, élémentaire. C’est là la qualité principale de Sonhos, qui travaille l’image et le son comme des matériaux bruts, les sculpte c’est-à-dire creuse dedans jusqu’à en révéler la forme naturelle, la raison secrète. Il y a dans cette approche du cinéma un côté résolument bazinien mâtiné par un vrai souci de tendre – bien plus adroitement que n’importe quel cinéma tremblé – vers une phénoménologie en acte. Sonhos nous livre à une expérience sans précédent, celle d’un monde simple où tout transpire l’âpreté mais également la sensualité, et dont la force nous parvient brusquement, par saillies successives. La valeur du film ne réside en rien d’autre que dans cette capacité à offrir au regard non pas un monde ni même une histoire, mais une expérience, c’est-à-dire un espace dont la composition est à ce point subtile qu’elle est toujours à recommencer, un espace à notre mesure sans autre limite que notre œil. Ce film magnifiquement orchestré a du souffle c’est indéniable, non seulement parce que le montage image et son ménage par moments de grandes respirations et des belles envolées, mais également parce qu’il inspire, tout simplement.

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